Yahweh

Yahweh, aussi écrit dans les publications Yahvé, Iahvé, Jéhovah, YHWH ou JHVH (de l'hébreu יהוה (yhwh)), est dans le milieu ouest-sémitique du Proche-Orient ancien étroitement associée à l'Israël antique, un des noms donnés au Très-Haut, le Dieu Créateur. Yahweh est vénéré dans les royaumes d'Israël et de Juda. Son sanctuaire principal est le premier Temple de Jérusalem. Dans la Bible hébraïque, Yahweh (YHWH) est présenté comme le Dieu national des Enfants d'Israël. En dehors de la Bible, l'archéologie a fourni des exemples du lien entre le théonyme Yahweh et les Israélites. La religion de l'Israël antique ressemble beaucoup à celle des autres peuples sémitiques du Proche-Orient ancien, notamment à celles de la zone syro-palestinienne. Le culte israélite développe cependant avec le temps des caractéristiques uniques qui l'isolent des autres religions.

4Q120 frg20 with Divine Name
ΙΑΩ, transcription en grec du tétragramme, dans le manuscrit de la Septante de Qumrân 4Q120 du Ier siècle av. J.-C.

Nom

Prononciation

Le nom du Dieu d'Israël apparaît dans l'épigraphie de l'Israël antique et dans la Bible hébraïque où il figure plus de 7 000 fois. Ce nom s’écrivant avec les quatre lettres hébraïques yod/he/waw/he יהוה (yhwh), il est aussi appelé le « Tétragramme ». Comme l'hébreu biblique a une écriture principalement consonantique, la prononciation précise du tétragramme est inconnue. Au moins jusqu'au VIe siècle av. J.-C., il était régulièrement prononcé comme en attestent les lettres de Lakish écrites peu avant la destruction de Jérusalem en 586 av. J.-C.[1]. Mais depuis la période achéménide, les Juifs ont pris l'habitude de ne pas prononcer son nom et de le remplacer dans la liturgie par des expressions telles qu'Adonaï, en hébreu אדני ('ădōnāy), c'est-à-dire « le Seigneur »[2]. Lors de la traduction en grec de la Bible hébraïque dans la version de la Septante, YHWH est rendu par Kyrios (« Seigneur »). Lors de l'édition du texte massorétique de la Bible hébraïque vers le Xe siècle, les massorètes ont ajouté des signes diacritiques au texte hébraïque pour en assurer une lecture correcte. Ils ont alors vocalisé YHWH avec les voyelles du mot Adonaï, pour indiquer au lecteur de lire « le Seigneur ». yhwh est ainsi vocalisé ĕ-ō-ā (le ḥaṭef pataḥ [ă] vocalisant la lettre aleph de Adonaï devient un simple shewa [ĕ] lorsqu'il vocalise le yod de yhwh)[3]. Dans la Mishna, il est généralement écrit יְיָ. Le fait d'éviter de prononcer ce qui est considéré comme le nom propre de Dieu est généralement expliqué comme une marque de respect[1], pour ne pas le limiter ou le galvauder[4]. Selon la tradition rabbinique, le judaïsme avait adopté à l’époque de Siméon le Juste l’interdiction de transcrire ou de prononcer le nom divin. Selon Maïmonide, seuls les prêtres le prononçaient lors de certains rituels[5].

Le nom Yahweh correspond à la prononciation la plus souvent proposée[6]. La prononciation précise a fait l'objet de nombreuses conjectures. Les spécialistes supposent souvent deux vocalisations possibles pour yhwh : Yahweh ou Yahôh. Dans le premier cas, la troisième lettre du tétragramme, le vav, garde sa valeur de consonne ([w]), alors que dans le deuxième cas, le vav n’est qu'une mater lectionis servant à marquer un o long, dont l'allongement est précisé par le he final[7].

La transcription Yahweh est une convention basée sur des textes grecs tardifs. Elle a été obtenue en intercalant les deux voyelles « a » et « e » pour donner une forme prononçable aux quatre consonnes du tétragramme YHWH. Il est en effet rendu par Ἰάω (Iaō) chez Diodore de Sicile[N 1] (Ier siècle av. J.-C.)[6]. Elle peut être corroborée par des témoignages de Pères de l’Église[5], comme Épiphane de Salamine qui cite Iabe comme un des noms de Dieu, et prononce Yahweh sous sa forme brève Ἰα (Yah)[8] ou Clément d’Alexandrie qui donne Jave[9]. On trouve Ιαουε/Ιαουαι chez Clément d'Alexandrie (IIe siècle)[N 2] et par Ιαβε/Ιαβαι chez Épiphane de Salamine (IVe siècle) et Théodoret de Cyr (Ve siècle). Dans les noms théophores apparaissant dans la Bible hébraïque, le texte massorétique le vocalise -yāhû, ce qui appuie le choix de cette vocalisation[6]. Des formes abrégées sont également utilisées, notamment lorsqu'il apparaît comme élément théophore dans des noms propres. En début de noms, on trouve les formes yĕhô et , à la fin yāhû et yāh[3]. Certaines de ces formes traduisent une origine géographique : Yo/Yaw est plus utilisé dans le royaume d'Israël au nord, alors qu'au sud, dans le royaume de Juda, c'est plutôt la forme Yah qui est employée[2]. La forme Yahôh se base sur Irénée de Lyon[10] (IIe siècle), qui rappelle que les Gnostiques prononcent Ἰαωθ (contraction de Iao et Sabaoth selon Thomas Römer) et que d’autres hérétiques prononcent Ἰαῶ . Origène d'Alexandrie (IIIe siècle) parle de la forme Iaō, en l'attribuant aux Gnostiques. Dans les documents araméens des Juifs d'Éléphantine en Haute-Égypte, le nom divin est écrit yhw ou yhh. Sa prononciation est donc approximativement Yehô ou Yahô, plutôt que Yahu. Un fragment du Lévitique en grec découvert à Qumrân[N 3] rend le tétragramme par Iaō[11],[12].

La forme Yahweh est généralement utilisée dans les publications scientifiques[13]. Compte tenu des incertitudes, des chercheurs n'emploient que les seules consonnes et transcrivent simplement Yhwh[11],[6] ou YHWH. Depuis le pontificat de Benoît XVI, l’Église catholique a officiellement abandonné la prononciation de ce nom[14]. La forme hybride Jehovah résulte du mélange entre les consommes de YHWH et la vocalisation du texte massorétique (vocalisation ĕ-ō-ā du tétragramme Adonaï, « Seigneur »), produisant la forme « YĕHōWāH ». Elle apparaît chez les érudits chrétiens du Moyen Âge[N 4],[15]. Il s’agirait alors d’une erreur d’interprétation et de prononciation de la part des érudits catholiques, car ces annotations indiquent en fait le terme qui doit être lu, « Seigneur », lorsque le Tétragramme apparaît dans le texte, et non la vocalisation du Tétragramme proprement dit[16].

Signification

Comme pour sa prononciation, l'étymologie du nom de Yahweh est discutée. Le nom Yahweh (« yhwh ») est généralement compris comme une forme verbale présentant la lettre préformante yod (« y »). Cette forme correspond à la conjugaison d'un verbe à la troisième personne du singulier de l'aspect inaccompli. Le thème verbal « hwh » peut être rapprochée de la racine sémitique hyy/hwy, qui signifie « être ». C'est d'ailleurs ainsi qu'un passage du livre de l'Exode le comprend puisque le nom יהוה (yhwh) (à la troisième personne) est mis en parallèle avec אהיה (ʾhyh) « je serai » (à la première personne)[N 5]. Il s'agit là d'une explication traditionnelle du nom de Yahweh, ou d'une interprétation propre du rédacteur biblique. Grammaticalement, la forme yhwh peut être soit une forme simple (qal), soit une forme causative (hiphil). L'identification de la forme verbale est rendue difficile par la méconnaissance de la vocalisation du nom yhwh. Si on retient la forme simple, Yahweh est « celui qui est », « celui qui se révèle ». À la forme causative, la signification serait plutôt « celui qui fait être », c'est-à-dire « celui qui crée »[6]. Si la forme causative devait être retenue, ce serait la seule occurrence dans la Bible hébraïque de ce verbe à cette forme[3].

Pour certains chercheurs[17], Yahweh serait une abréviation ou dérive d'une épithète du dieu El. Il peut s'agir de l'abréviation d'un nom de dieu, par exemple Yahweh-El (« puisse El être présent »), reconstruction basée sur le modèle du nom yʿqb ʾl (« puisse El le suivre ») attesté à Mari. Il peut aussi s'agir de l'abréviation d'une formule liturgique, par exemple yahwe sabaʾot (« celui qui crée les armées [célestes] ») ou El-Yahweh (« El qui se révèle lui-même »). Cette dernière proposition est une formule analogue à celle qu'on trouve dans le Psaume 118[N 6]. Selon cette suggestion, Yahweh était à l'origine une épithète de El avant de devenir une divinité distincte. La tradition israélite aurait abrégé la formule originelle pour ne garder que la forme verbale caractérisant l'activité du dieu. L'emploi d'un nom verbal pour désigner une divinité est un usage qui n'est pas propre aux Israélites. Il est attesté à Mari et chez les Arabes préislamiques[18].

Yahweh étant vraisemblablement une divinité issue du panthéon sud-sémitique, on peut chercher un lien avec la racine arabe hwy (« détruire », à l'origine, Yahweh serait un dieu destructeur) ou des parallèles dans des divinités arabes préislamiques dont le nom se construit à partir d'une conjugaison à préformantes de verbes du type Yaǵūt (« il aide »), Ya‘ūq (« il protège »)[19]. Dans ce contexte, on peut aussi proposer une étymologie qui fait un parallèle avec l'arabe. Elle rapproche Yahweh de la racine hwy qui signifie notamment « tomber » ou « souffler ». À la forme causative, Yahweh serait « l'aigle, le vautour[20] ou celui « qui tombe » sur sa proie[21], ou encore celui qui fait tomber la pluie » ou les « éclairs », ou « celui qui fait souffler le vent ». Cette étymologie va dans le sens de considérer Yahweh comme un dieu de l'orage. Il présenterait donc un caractère proche du dieu cananéen Baal, dont le nom est à l'origine une épithète pour le dieu de l'orage Adad[22]. L'explication de Julius Wellhausen[23] sur une divinité du type dieu de l'orage est, en l'état actuel des connaissances, l'explication la plus satisfaisante bien qu'elle ne soit pas exempte, elle aussi, de problèmes[24]. Des noms divins construits avec une conjugaison à préformante sont en effet, dans le monde sémitique ancien, plutôt rares et s'appliquent aux dieux mineurs. De plus, ces parallèles en conjugaison à préformante se trouvent généralement en forme apocopée.

Origine

Origine géographique

L'origine de Yahweh a fait l'objet de nombreux débats. Son nom ne figure dans aucun texte antérieur à 1200 av. J.-C. même s'il a pu parfois être proposé d'identifier son nom sur des tablettes cunéiformes de l'âge du bronze à Ougarit, en Mésopotamie ou à Ebla. Ces interprétations restent discutées. À Ebla (2400-2250 av. J.-C.), l'élément Ya apparaît dans des noms propres mais il est peu vraisemblable qu'il s'agisse d'une forme abrégée de Yahweh. Aucune divinité nommée Ya n'est connue par ailleurs à Ebla. Il existe d'autres tentatives pour interpréter des noms comme possédant un élément se rapportant à Yahweh à Mari, Alalakh ou Ougarit mais ces propositions ne semblent pas satisfaisantes[25]. À Ougarit (1200 av. J.-C.), un passage du Cycle de Baal fait apparaître le nom Yw. Il est parfois proposé d'y voir une forme abrégée de Yahweh[26].

En dépit des propositions précédentes, Yahweh semble absent des sources épigraphiques ouest sémitiques. Son nom ne figure sur aucun texte cunéiforme. Il ne fait partie des divinités communes à la zone syro-palestinienne. Son culte n'est attesté qu'en Israël à partir de l'âge du fer. En dehors de la Palestine, rien n'indique que son culte ait été répandu. Seul un texte se rapportant à la région Hamath atteste de son culte dans le nord de la Syrie au VIIIe siècle av. J.-C. Un dirigeant nommé Azri-Yau, équivalent au nom biblique Azariah, y fait partie d'une coalition araméenne face à Teglath-Phalasar III[27], mais cette présence de Yahweh en Syrie semble être un cas isolé[28].

L'archéologie suggère de rechercher son origine dans le sud de la Palestine, dans le désert nord-arabique. Au XIVe siècle av. J.-C., le culte de Yahweh semble pratiqué par des groupes édomites ou madianites. Deux textes égyptiens datant d'Aménophis III (XIVe siècle av. J.-C.) et de Ramsès II (XIVe siècle av. J.-C.) parlent en effet de « Yahu en terre de Shosou ». La première inscription figure sur une colonne du temple d'Amon à Soleb en Nubie. La deuxième est une inscription murale à Amarah ouest. Ces inscriptions font la liste de cités du pays des Shasou. Les bédouins Shasou habitaient la Transjordanie méridionale et le Néguev pendant le bronze récent et au début du fer I, à partir de 1500 av. J.-C. Dans ces listes, Yahu (Yhw) est un toponyme qui peut indiquer une ville avec un sanctuaire, peut-être à l'origine beth-yhw, la maison de Yahu. Parmi les autres toponymes mentionnés, on trouve srr, qu'on peut rapprocher de Séir et smt qu'on peut rapprocher des Shiméanites de la Bible[N 7], ancêtres des Qénites[29]. « Yahu en terre de Shosou » est donc à rechercher dans le territoire d'Édom ou de Madian. Pour William G. Dever, les Shosou pourraient être les ancêtres des Israélites[30].

Il existe cependant des réserves pour la lecture Séïr de srr dans les inscriptions égyptiennes. Certains chercheurs suggèrent plutôt un contexte syrien pour les sites listés dans le temple de Ramsès II. Dans cette hypothèse, des Araméens pourraient avoir vénéré Yahweh. Cette origine syrienne peut être mise en parallèle avec le lien entre les Patriarches de la Bible et les populations araméennes, dont le séjour de Jacob chez Laban[3].

« L'Éternel [yhwh] est venu du Sinaï, il s'est levé sur eux de Séir, il a resplendi de la montagne de Paran » (Dt 33,2)
« O Éternel! [yhwh] quand tu sortis de Séir, quand tu t'avanças des champs d'Édom » (Jg 5,4)
« Dieu [yhwh] vient de Téman, le Saint vient de la montagne de Paran » (Ha 3,3)

« Qui est celui-ci qui vient d’Édom, de Botsra » (Es 63,1)

Bible Segond

Dans la Bible, Yahweh est perçu comme venant du sud[31]. Quatre passages le décrivent comme venant d'Édom, de Teman, du Sinaï, du Séïr ou Paran[N 8]. Ces toponymes permettent de situer approximativement l'origine de Yahweh dans les montagnes du Néguev central ou du Sinaï oriental. Un « Yahweh de Teman » est aussi connu par les inscriptions de Kuntillet Ajrud dans le Sinaï au côté d'un « Yahweh de Samarie » (IXe et VIIIe siècles av. J.-C.). Yahweh est probablement un dieu importé à l'origine un dieu de l'orage (et de la fertilité) et, comme toutes les autres divinités de l'orage (telles que le dieu hourrite Teshub, le dieu sémitique Baal/Adad ou le dieu égyptien Seth), un dieu guerrier[N 9] vénéré par des groupes habitant dans des régions arides et se trouvant en conflits militaires avec d'autres groupes[32]. Yahweh est également peut-être originellement un dieu des steppes célébré comme un type de « maître des animaux » comme le suggère l'iconographie sigillaire du Xe et IXe siècles av. J.-C. trouvée dans le Néguev et en Juda (sceaux en forme de scarabées représentant Yahweh qui dompte des autruches)[33].

Si Yahweh est effectivement issu du désert nord arabique, cela pourrait expliquer le silence de la Bible hébraïque sur le dieu Qôs, la principale divinité édomite. Les deux divinités étant issues de la même région et présentant des caractéristiques proches, celles d'un dieu de l'orage, il est possible que la Bible préfère éviter de mentionner Qôs, qui ressemble trop au dieu national d'Israël[34].

L'hypothèse quénite

Dès la fin du XIXe siècle, des chercheurs allemands ont émis l'hypothèse que Yahweh était à l'origine une divinité du désert vénéré par les Madianites. Selon l'« hypothèse quénite (en) », appelée aussi « hypothèse madiano-qénite » et formulée pour la première fois par le théologien Friedrich Wilhelm Ghillany[N 10], son culte aurait été introduit chez les Israélites par l'intermédiaire de Moïse avec la médiation des Qénites lors de leur séjour dans le désert. Hobab, le beau-père (ou le beau-frère) de Moïse[N 11] est présenté comme un prêtre madianite[N 12] vénérant Yahweh[N 13] et appartenant à la tribu des Qénites, une branche des Madianites. Cette hypothèse expliquerait le lien entre Moïse et sa belle-famille madianite, la description positive des Qénites dans la Bible et les liens entre Yahweh et la topographique du sud de la Palestine[35].

Cette hypothèse correspond à la vision de l'archéologie qui place Yahweh en dehors des divinités ouest-sémitiques. Elle accorde cependant une trop grande importance au rôle de Moïse et au séjour des Hébreux dans le désert. Bien que les traditions bibliques présentent l'action de Moïse et l'Exode hors d'Égypte comme des éléments fondateurs de l'identité politique et religieuse des Israélites, la recherche archéologique a établi que l'émergence des Israélites résulte d'une évolution interne de la société cananéenne de l'âge du bronze. La majorité des Israélites est originaire de Canaan. Ceux-ci n'ont donc pas amené le culte de Yahweh depuis l’extérieur de la Palestine. Par contre, le culte de Yahweh a pu être introduit par des marchands appartenant à des groupes qénites ou madianites. Il a pu se répandre à partir des routes commerciales passant au sud et à l'est de la Palestine[36].

Yahweh, un dieu révélé ?

Plusieurs passages de la Bible suggèrent que Yahweh a été révélé aux Israélites et qu'il a existé une période de leur histoire où Yahweh n'était pas connu. Deux textes du livre de l'Exode (Exode 3 et Exode 6), indiquent que Yahweh s'est révélé pour la première fois à Moïse. Parmi les noms des contemporains de Moïse, le nom de Yahweh n’apparaît pas comme élément théophore, où seulement à la fin de la vie de Moïse. Le premier nom est Josué (Yĕhôšuaʿ). Yahweh n’apparaît pas non plus dans les généalogies de la Genèse. Une telle lecture présente cependant des difficultés. L'absence de Yahweh peut s'expliquer par le souci de maintenir la cohérence interne du récit lors de son édition finale. Les deux textes d'Exode 3 et 6 datent au plus tôt du VIe siècle av. J.-C. et il est difficile d'utiliser ces passages pour reconstruire l'histoire ancienne de Yahweh. Ces éléments suggèrent cependant que les Israélites percevaient Yahweh comme une divinité qui leur avait été introduite[28].

Fonctions

YHWH on Lakis Letters (no. 2)
Le nom yhwh sur un ostracon de Lakish, VIe siècle av. J.-C.

Yahweh occupe une place centrale dans la religion des Israélites dans le royaume d'Israël et dans le royaume de Juda. La première mention claire du Yahweh en dehors de la Bible montre que son culte est pratiqué en Israël. Elle figure sur la stèle de Mésha du IXe siècle av. J.-C.. Le roi moabite Mésha y raconte ses succès militaires contre le royaume d'Israël sous le règne d'Achab. Après avoir attaqué Nebo, une ville située au nord-ouest de Moab, il fait emporter les « vases de Yhwh » devant son dieu Kémosh. Yahweh apparaît ici comme le dieu officiel d'Israël, dont le culte est pratiqué jusque dans la ville de Nebo, à la frontière avec Moab. Un sceau du VIIIe siècle av. J.-C. découvert à Jérusalem porte l'inscription « Miqneyaw serviteur de yhwh ». Un ostracon de Kuntillet Ajrud mentionne un « Yahweh de Téman » et un « Yahweh de Samarie ». Les amulettes du Ketef Hinnom (Jérusalem, VIIe – VIe siècle) invoquent Yahweh dans un texte proche de la bénédiction sacerdotale figurant dans le Livre des Nombres[N 14],[37].

Les traits originaux de Yahweh sont difficiles à déterminer. Certains chercheurs supposent que c'est un dieu de l'orage. Cette association à l'orage est peut-être héritée de son rival divin Baal. Yahweh s'exprime au travers des éclairs. Il utilise le feu pour manifester sa présence. C'est peut-être aussi un dieu de la montagne[N 15]. Il contrôle l'eau de la mer, des rivières et la pluie. Il présente aussi les traits d'un dieu du désert. Il est associé aux régions désertiques en marge des villes et des villages. Cette caractéristique est à relier avec la tradition israélite selon laquelle les Hébreux étaient à l'origine des pasteurs nomades qui évoluaient en quête de pâturages[38].

Pour les rédacteurs bibliques, Yahweh est surtout le dieu de l'alliance car il a passé une alliance avec les patriarches, les enfants d'Israël, le roi David et la monarchie judéenne[3]. Selon la tradition, Yahweh établit d'abord son alliance avec les Patriarches, ce qui en fait le « dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ». Il initie ainsi une relation personnelle avec les Israélites. Parmi un fond culturel polythéiste, Yahweh est le dieu qui défend les Israélites. En retour, ceux-ci reconnaissent son pouvoir et acceptent sa souveraineté. Cet engagement mutuel est volontaire. La relation s'accompagne d'une alliance, conçue comme une sorte de traité qui engage les deux parties. Le peuple s'engage à respecter les commandements de Yahweh. Ces prescriptions régissent leur vie civile et religieuse. L'observance des lois et des rites garantit l'harmonie entre le monde humain et le monde divin[38].

L'onomastique suggère que Yahweh occupe un rôle particulier dans l'Israël antique. La présence de noms propres intégrant l’élément Yahweh ou ses abréviations est une caractéristique propre à Israël et à Juda si on compare avec les régions voisines. Sur un corpus de 738 noms israélites provenant de sceaux, de bulles ou d'autres inscriptions, on a pu recenser que 351 incluent le nom de Yahweh, soit près de la majorité. Parmi les noms restant, la majorité (339) ne font pas référence à des dieux. En dehors de Yahweh, les autres noms théophores utilisent l'élément ēl dans seulement 48 cas et uniquement quelques-uns l'élément baal, principalement à Samarie. Les autres dieux représentés dans l'onomastique israélite sont empruntés à la tradition cananéenne (ʿnt « Anat », ym « Yam », mwt « Mot », ršp « Reshep ») ou égyptienne (ʿmwn « Amon », ḥwr « Horus », bs « Bès »)[39]. L'emploi dominant de Yahweh dans l'onomastique de l'ancien Israël est un usage assez différent par rapport aux royaumes voisins. Dans le territoire d'Ammon où les données onomastiques sont suffisamment nombreuses pour faire une analyse statistique, le dieu national Milkom est par exemple beaucoup moins représenté que 'ēl. Même si la mention d'une divinité dans les noms propres ne peut être reliée simplement aux pratiques religieuse, il existe chez les Israélites une manière particulière de concevoir leur divinité, manière qui n'est pas partagée par leurs voisins lorsqu'il s'agit de donner des noms[40].

Vers 600 av. J.-C., une inscription de Khirbet Beit Lei, à 8 km à l'est de Lakish, fait référence à Yahweh. Sur ce site, on a retrouvé deux tombes de l'âge du fer. Plusieurs inscriptions figurent sur les parois de l'antichambre de l'une des tombes. La plus longue inscription dit que « [Yahweh] est le dieu de la terre entière, les monts de Juda appartiennent à lui, au dieu de Jérusalem »

« יהוה אלהי כל הארץ ה
רי יהד לו לאלהי ירשלם
 »

— Khirbet Beit Lei, graffito A[41]

Une seconde inscription est plus compliquée à déchiffrer. Elle a été rendue par « absous(-nous), dieu miséricordieux, absous(-nous) Yahweh»[N 16]. « yhwh » est visiblement ici le dieu de Jérusalem. Un troisième graffiti indique « délivre-nous Yahweh ». Les ostraca d'Arad contiennent des bénédictions et des invocations au nom de « yhwh ». Une inscription fait aussi référence à la « maison de yhwh », probablement le temple local. Dans les dernières années du royaume de Juda, les ostraca de Lakish contiennent elles aussi des invocations au nom de « yhwh » (« que Yahweh donne la santé »)[42],[43].

Culte

Une particularité du culte de Yahweh tel qu'il est présenté dans la Bible est son caractère aniconique, c'est-à-dire que la divinité n'est pas représentée par une statue ou par une image. La Bible interdit explicitement toute image sculptée de YHWH. Elle ne mentionne d'ailleurs jamais de statue de YHWH, ni dans le royaume d'Israël, ni en Juda. Cet aniconisme supposé des Israélites n'est pas un phénomène unique parmi les populations ouest-sémitique du Proche-Orient ancien. Il en existe d'autres exemples, chez les Nabatéens notamment. Cependant ces exemples sont généralement plus tardifs que la monarchie israélite. Certains chercheurs estiment néanmoins que pendant la période monarchique, Yahweh a pu être vénéré sous forme de statue comme chez les peuples environnants. Le culte aniconique aurait été mis en place lors des réformes religieuses opérées par Josias et peut-être par Ézéchias vers la fin de la monarchie judéenne. Beaucoup de textes bibliques décrivant le culte des Israélites semblent dater de la période exilique ou post-exilique. L’absence de référence à des statues pourrait provenir d'un biais et d'une rétroprojection du culte tel qu'il était pratiqué pendant la période post-exilique[44].

9-sided prism commemorating King Sargon II's founding of Dur-Sharrukin - Oriental Institute Museum, University of Chicago - DSC07164
Prisme du roi Sargon II d'Assyrie, argile de Dur-Sharrûken, musée de l'université de Chicago (Etats-Unis).

En dehors de la Bible, plusieurs témoignages archéologiques sont parfois considérés comme indiquant une possible existence d'images anthropomorphes de Yahweh dans les sanctuaires israélites d'Israël et de Juda. Ces témoignages sont sujet à des interprétations divergentes. Le prisme de Sargon II datant d'environ 706 décrit la prise de Samarie par les Assyriens. Parmi le butin mentionné, l'inscription parle de l'enlèvement des dieux auxquels ils croient (ilāni tiklīšun). La déportation des statues des dieux est une pratique courante lors de l'annexion d'un royaume dans le Proche-Orient ancien. Les dieux sont emmenés en captivité. Cet élément est parfois pris comme la preuve de l'existence d'une statue anthropomorphe de Yahweh dans le sanctuaire de Samarie. Pour d'autres chercheurs, ce passage fait allusion à des objets de culte dont la nature ne peut être précisée. Il peut aussi s'agir d'un thème littéraire, « la spoliation des dieux », ne correspondant pas à un évènement réel. Les bas-reliefs de Lakish présentent la prise de la ville par Sennachérib. Sur l'un des panneaux, on y voit l'enlèvement d'objets de culte retirés du sanctuaire local lors de la destruction de la cité. Parmi les objets, on identifie des autels à encens mais pas de statue. Ce témoignage pourrait être un élément indiquant l'absence de statue dans le sanctuaire judéen[44].

Tissot The Ark of the Covenant
Arche d'Alliance, 1896–1902, J. Tissot.

Chez les Israélites, l'Arche d'alliance semble servir de représentation pour Yahweh. Elle est le symbole de sa présence. Elle prend la place de sa représentation lors des fêtes où elle est exposée au peuple[45].

Certains textes bibliques font état de sacrifices d'enfants dans un lieu appelé Tophet situé dans la vallée du Hinnom en dehors de Jérusalem. Quelques chercheurs, dont Thomas Römer, estiment que ces sacrifices étaient destinés à Yahvé pendant la période monarchique et que cette pratique a ensuite été condamnée pendant la période perse. Dans la Bible, ces sacrifices sont attribués à Moloch. Ce nom, basé sur la racine sémitique m-l-k, est une déformation de melek, c’est-à-dire « le roi ». Il s'agirait dans cette hypothèse d'une désignation de Yahvé. Cette pratique disparaît vers le VIe – Ve siècle av. J.-C. et ce tournant trouve son illustration dans le sacrifice d'Isaac[46]. Généralement, on considère que Mōlek (melek) est le titre ou l'épithète d'une divinité. Comme pour Baal, son nom a été déformé par les scribes judéens en lui substituant les voyelles « ō-e » du nom hébreu bōshet, « honte »[47]. Plutôt qu'une épithète de Yahweh, Mōlek semble être une divinité du monde souterrain associée au culte des morts[48],[49].

Relations avec le panthéon cananéen

Yahweh dans l'assemblée des dieux

Plusieurs passages de la Bible semblent indiquer que Yahweh n'a pas toujours été à la tête du panthéon israélite. À un moment donné, Yahweh a pu être considéré comme une divinité parmi d'autres. Plusieurs passages bibliques mentionnent l'idée d'une assemblée divine et laissent penser que Yahweh a pu être subordonné au grand dieu cananéen El ou au dieu El Elyon[50]. Le Psaume 82 présente ainsi Elohim au sein de l'assemblée de El et rappelle l'idée que tous les dieux du Levant sont les fils de El (Elyon). Dans le Psaume 89, Yhwh est encore un fils des dieux, mais il est le plus grand d'entre eux[51]. Dans le Deutéronome[N 17], il est écrit que le dieu Elyon divise les hommes selon le nombre des fils de El. Ce passage se trouve dans le texte grec de la Septante et dans un des manuscrits hébreux de Qumrân[N 18]. Par contre, le texte massorétique, qui porte l'expression « fils d'Israël » et pas « fils de El », ne semble pas correspondre au texte hébreu sur lequel se base la Septante. Le texte massorétique est une édition plus tardive qui a semble-t-il été remaniée pour remplacer une expression problématique par une autre aux accents moins polythéistes, tout en en gardant le nombre de soixante-dix. Chacun des soixante-dix dieux est donc le dieu d'une nation. Parmi les fils de El, Yhwh est le dieu de Jacob. La théologie exposée par ce texte est que tous les peuples ont leur dieu tutélaire et que parmi les peuples, Yahweh est le dieu particulier d'Israël[50].

Même après avoir été adopté par Israël, Yahweh continue à cohabiter avec les autres divinités ouest-sémitiques. Comme dans les autres panthéons sémitiques, Yhwh est à la tête d'une assemblée divine[N 19]. Cette assemblée est d'abord composée de divinités de rang inférieur. Lorsque ces traditions seront plus tard relues selon une théologie monothéiste, ces divinités seront alors interprétées comme des anges[52]. Contrairement à la mythologie développée à Ougarit au XIVe – XIIe siècle av. J.-C., les membres de l'assemblée de Yahweh n'ont pas de nom individuel, de rôle ou de volonté propre[53].

À la différence d'autres traditions religieuses du Proche-Orient ancien, la Bible hébraïque ne rapporte pas de grands récits mythologiques centrés sur Yahweh. Il n'existe pas de récits épiques le mettant en scène face à d'autres divinités ou face aux forces cosmiques. Alors que le Cycle de Baal est écrit à la gloire de Baal ou que l'Enuma Elish l'est à la gloire de Mardouk, on ne dispose pas de textes semblables pour Yahweh[54]. Les récits bibliques reprennent cependant des thèmes mythologiques et des images connues pas ailleurs, notamment dans les textes d'Ougarit. Dans la Bible, Yahweh combat des monstres marins, comme le fait Baal face au dieu Yam[N 20]. Il combat les forces du chaos, telles que le Léviathan, le Tannin ou Rahab. Ces quelques thèmes mythologiques ne sont que les rares survivances des anciennes croyances qui se sont maintenues lorsque la mise en forme finale de la Bible a adopté un point de vue monothéiste[52]. Les anciens mythes sont réinterprétés. Dans le récit de la Genèse, les forces du chaos ne jouent plus aucun rôle dans la création[55].

Yahweh et El

Tabernacle Schematic
Schéma du Tabernacle, G. L. Fink, 2009.

El est une divinité cananéenne. À la fin de l'âge du bronze, il est notamment vénéré à Ougarit où il est placé à la tête du panthéon, même si son autorité semble décroître au profil du dieu Baal. Dans la Bible, le nom 'ēl apparaît 230 fois. Son usage est double : il sert à la fois pour désigner un dieu étranger et pour désigner le dieu d'Israël[56]. Dans l'Israël antique, El semble avoir été vénéré dans le sanctuaire de Shilo et peut-être à Sichem et Jérusalem sous les formes de El berît et El Elyon. Yahweh a ensuite pu être identifié à El et hériter alors de ces titres. Les formes locales du dieu El ont pu devenir des épithètes pour Yahweh. Dans le livre de l'Exode[N 21], Yahweh est identifié à El Shaddaï. Selon les traditions de Jacob issues des récits bibliques, le dieu El semble être le dieu des Patriarches. Cette association avec le récit des Patriarches reflète probablement une ancienne théologie de l'histoire religieuse d'Israël[57].

Certains aspects de la personnalité de Yahweh viennent probablement de celle de El dont il a repris les caractéristiques. À l'instar de El, Yahweh est décrit comme un dieu âgé[N 22] à la tête d'un conseil divin[N 19]. La vision de Yahweh comme un dieu âgé perdure jusque dans la littérature biblique tardive[N 23]. Il est à la tête d'une assemblée divine dont les membres sont appelés les qedōšîm, les « Saints ». Dans une relecture monothéiste, les membres de cette assemblée deviennent les membres d'une assemblée angélique et non plus divine[58]. La description du lieu de résidence de Yahweh dans une tente ('ōhel)[N 24] rappelle la tente dans laquelle réside El. Le terme utilisé pour les solives du tabernacle (qerāšîm) est construit sur la même racine que le terme qrš (« pavillon ») désignant la résidence de El[59].

Yahweh et Ashéra

Ajrud
Image sur fragment de pithos trouvé à Kuntillet Ajrud sous l'inscription « Yahweh et son Asherah ». Les deux personnages debout sont parfois perçus comme une représentation du couple divin, tandis que le joueur de lyre assis derrière eux est un artiste. Également, de nombreux historiens de l'art identifient les personnages debout comme des représentations du dieu-nain égyptien Bès, en raison de leurs visages distinctement bovins. Il est également possible que les images sur le pot n'aient rien à voir avec l'inscription.

Yahweh est aussi associé à Ashéra dans deux inscriptions, à Kuntillet Ajrud dans le Sinaï et à Khirbet el-Qôm à l'ouest d'Hébron. Ces inscriptions font référence à « yhwh et son ashera ». Elles ne mentionnent pas directement une déesse, mais plutôt un objet cultuel symbolisant Ashéra. Sur le plan de la philologie, la construction grammaticale signifie qu'ashera est ici un nom commun et non pas un nom propre[52]. Ces inscriptions sont datées entre la fin du IXe siècle av. J.-C. et la deuxième partie du VIIIe siècle av. J.-C.. Dans la Bible, Ashera apparaît à la fois comme une divinité et comme un objet (h'ašērâ ou 'ašērîm), qui est un arbre cultuel. Son culte est pratiqué jusque dans le temple de Jérusalem[N 25]. La question de savoir si Ashéra était ou non la parèdre de Yahweh a donné lieu à des avis divisés. La majorité des chercheurs estiment qu'Ashéra était vraisemblablement la déesse consort de Yahweh[60]. Le culte de « Yahweh et son Ashérah » est certainement pratiqué pendant très longtemps[61]. Lorsque Yahweh s'approprie les caractériques du dieu El, il reprend visiblement aussi son rôle de consort de la déesse Athirat, dont Ashéra est une forme apparentée[62]. À l'époque néo-babylonienne, les Juifs de la colonie militaire Éléphantine associent eux aussi une parèdre à leur dieu « Yaho ». Une liste indique les divinités vénérées dans le sanctuaire. Elle mentionne les déesses Anat Yahu et Anat Bethel[63]. Si le couple divin Yahweh-Ashéra a pu être chargé d'un panthéon, cette vision évolue ensuite vers une description où la figure de Yahweh seule est centrale et où les autres puissances, dont Ashéra, n'occupent qu'un rang inférieur[64].

Yahweh et Baal

Dans l'Israël antique, le culte de Yahweh n'est pas exclusif. Il semble que Yhwh et Baal y étaient vénéré côte à côté, notamment dans le royaume d'Israël. Les ostraca de Samarie (IXe siècle av. J.-C.) indiquent que les noms propres font à la fois apparaître l'élément yhwh et l'élément baal. On y compte cinq individus avec des noms incluant Baal contre neuf avec yhwh[65]. Cette impression se retrouve dans la Bible, où les deux éléments apparaissent aussi dans les noms propres, même si l'élément bōšet, (« honte ») est souvent substitué à Baal dans une volonté polémique. Ainsi le fils du roi Saül Ishbaal est-il aussi appelé Ishboshet. Cette substitution est opérée dans le livre de Samuel[N 26] mais les noms originaux sont correctement conservés dans les livres des Chroniques[N 27]. Le culte de Baal semble cependant moins répandu[66]. Si son nom apparaît dans quelques noms propres, le nom de Yhwh est largement plus courant dans l'épigraphie israélite[39]. Dans la Bible, le roi d'Israël Achab et son épouse phénicienne Jézabel sont présentés comme de grands promoteurs du culte de Baal. Yhwh est cependant très présent dans le récit du règne d'Achab. Son premier ministre s'appelle Ovadia (« serviteur de Yhwh ») et ses fils Azaria (« Yhwh aide ») et Yehoram (« Yhwh est élevé »)[66]. Dans le deuxième livre des Rois[67], le roi d'Israël Jéhu y est présenté comme un défenseur de la cause de Yahweh contre Baal, Yhvh devenant définitivement la divinité la plus importante en Israël à cette époque[68]

Yahweh et Baalshamin

À partir du règne de Jéhu, Yahweh est vénéré à la manière de Baal de Sidon ou de Baalshamin. Il devint un baal shamem, un « Seigneur du ciel », le dieu de la dynastie davidique et dieu national de Juda en intégrant les traits du Dieu El, figure royale trônant, et ceux de Baalshamin, combinaison du dieu de l'orage et du dieu soleil[69].

Monothéisme

Selon la Bible hébraïque, Israël s'est constitué en peuple lors de la révélation de Yahweh au Sinaï. Dès son origine, Israël a été le peuple d'un seul dieu : YHWH. Si l'histoire d'Israël a été marquée par des périodes d'apostasies, il ne s'agit que d'égarements ou de négligences qui n'ont jamais remis en cause le lien unique entre Yahweh et Israël[39].

Le polythéisme israélite

Le polythéisme est une caractéristique des sociétés du Proche-Orient ancien[70]. Contrairement au discours biblique, le monothéisme est un développement tardif de la religion des Israélites. Le culte des Israélites à d'autres divinités est attesté au moins jusqu'à l'Exil à Babylone tant dans la Bible elle-même, dans ses critiques du polythéisme, que par l'archéologie (épigraphie et figurines). Les nombreuses figurines, dont les « figurines piliers », indiquent une forte présence de divinités féminines dans l'activité religieuse des Israélites aux VIIIe – VIIe siècle av. J.-C.. La Bible ne fournit cependant pas une description complète de la religion des Israélites. Une sélection a été opérée lors de l'édition finale des textes. Seuls quelques vestiges d'information ont survécu et confirment cette situation polythéiste. Dans le livre du Deutéronome, des passages monothéistes[N 28] figurent à côté de passages qui acceptent l’existence d'autres dieux[N 29]. Si Yahweh semble avoir le statut de dieu national, son culte n'est qu'une des formes de la dévotion des Israélites[64].

Yahweh est à l'origine un dieu local sudiste, attaché à une géographie donnée, probablement des tribus d'Édom qui se comprennent, via un médiateur (Moïse), comme עם יהוה, ‘am Yhwh « peuple ou parenté de Yhwh » et qui introduisent leur dieu Yahweh dans le territoire de Benjamin et la montagne d'Éphraïm (en), Yhwh devenant le dieu tutélaire d'Israël sous Jéroboam[71]. Un passage du livre des Rois illustre l'enracinement géographique de Yahweh : après la déportation des habitants du royaume d'Israël par les Assyriens, un prêtre de Yahweh est ramené dans le sanctuaire de Béthel pour organiser le culte du « dieu du lieu » pour les colons[N 30]. Ces colons nouvellement installés vénèrent à la fois leurs dieux ancestraux et le dieu local, attaché à la terre sur laquelle ils vivent[72]. Face à une situation polythéiste, le discours monothéiste de la Bible est largement rhétorique. Ce discours s'adresse avant tout à la communauté israélite et vise à renforcer le lien entre Yahweh et le peuple, en tenant à distance les autres divinités. Il ne marque pas un nouveau stade dans la religion des Israélites mais cherche à exprimer la relation particulière d'Israël à Yahweh. Il exprime les droits de Yahweh sur Israël et la fidélité d'Israël à Yahweh[73]. Avec avènement de la dynastie de David, le « dieu du lieu » devient le « dieu du roi ». À l'époque monarchique, Jérusalem héberge à la fois le pouvoir royal et le sanctuaire de Yahweh. En renforçant la figure divine du dieu national et dynastique, le pouvoir politique vise à renforcer la centralité de Jérusalem. Sous la monarchie, les représentations des divinités vénérées en Israël s'agrègent à la figure de Yahweh qui acquiert une autorité divine supérieure aux autres dieux[74]. L'importance majeure de Yahweh dans la société israélite pourrait permettre de qualifier sa pratique religieuse de « monolâtrie »[75]. Les prophètes Amos, Osée et Élie s'opposent certes aux cultes des autres divinités, mais ne s’intéressent qu'aux cultes pratiqués en Israël même, pas à l'extérieur. Leur action permet cependant de les faire passer pour des représentants du monothéisme, même si à ce stade, l’existence des autres divinités n'est pas niée, seuls leurs pouvoirs sur Israël le sont[74]. Les autres dieux sont réels, mais ils ne sont pas aptes à régir les Israélites, et leur puissance disparaitra à la fin des temps[72].

Comme à Ougarit, le pouvoir de Yahweh est décrit en termes de conflit, notamment avec les forces cosmiques[76]. Mais les anthropomorphismes et les thériomorphismes (attributions de caractéristiques humaines ou animales) sont beaucoup plus réduits qu'à Ougarit. Contrairement à Baal, la virilité ne fait pas partie des caractéristiques de Yahweh. Il n'est en général pas concerné par la mort ou la sexualité. Il échappe à ces sources d'impuretés. Ces notions semblent écartées car elles sont incompatibles avec les concepts de pureté rituelle propres aux prêtres qui sont visiblement responsables de la transmission et de la rédaction du corpus biblique[77]. Par contre, il est présenté comme un scribe divin[N 31].

L'émergence du monothéisme

Une rhétorique réellement monothéiste émerge à partir des VIIe – VIe siècle av. J.-C.. Il est difficile d'en comprendre les raisons précises, même si la structure de la société israélite et les circonstances historiques ont pu l'influencer. D'une part, la structure d'une divinité centrale entourée d'un conseil divin se démarque de la conception de la famille divine telle qu'on la retrouve à Ougarit. Dans la vision théologique israélite, l'individualité de Yahweh se dégage largement. Cette individualisation peut refléter l'affaiblissement de la structure familiale traditionnelle alors qu'émerge un pouvoir royal centralisateur et qui s’accompagne d'une nouvelle classe de propriétaires terriens[78]. D'autre part, les circonstances historiques ont pu faire évoluer la vision de Yahweh. À partir des VIIIe – VIIe siècle av. J.-C., Israël entre en contact avec les empires assyrien et babylonien. Alors qu'Israël est soumis à de puissants empires et qu'il se retrouve au bas de l'échelle politique, les prêtres conçoivent la divinité nationale au sommet du pouvoir divin, dont l'autorité s'étend sur tout l'univers. La détérioration de la position d'Israël dans l'histoire s'accompagne d'une élévation du statut de Yahweh dans la littérature. Ce glissement du discours théologique fait passer Yahweh du statut de dieu national à celui du seul dieu existant dans le cosmos[76]. À partir du VIIe siècle av. J.-C., la réforme deutéronomique vise à renforcer la cohésion communautaire. Yahweh devient le seul objet de vénération. l’idolâtrie est considérée comme une trahison[79]. Signe peut-être d'une réforme du roi Josias et d'une évolution vers le monothéisme, la déesse Ashéra n’apparaît plus dans les formules de bénédictions et de protection dans les ostraca de Lakish et d'Arad. Seul Yahweh intervient[80].

« Ainsi parle l’Éternel (yhwh), roi d’Israël et son rédempteur, l’Éternel des armées : je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n’y a point de Dieu. » (Ésaïe 44,6)

Bible Segond

À partir de l'Exil, le discours de la Bible devient clairement monothéiste. Avec l'Exil, Israël a perdu sa terre et ses institutions. Le Temple de Jérusalem est ruiné. La lignée royale de David, qui témoignait de la présence de Yahweh aux côtés d'Israël et de sa protection, a disparu[81]. Cette crise remet en cause l'identité d'Israël. Il lui faut trouver un nouveau cadre théologique pour expliquer cette situation. Une nouvelle conception de Yahweh prend alors forme[82]. On considère généralement que les chapitres 40 à 55 du livre d'Isaïe expriment bien cette nouvelle théologie monothéiste. À l'époque de la monarchie, les juges et les rois israélites obéissaient au plan divin pour sauver Israël. Désormais, c'est le roi perse Cyrus qui est l'oint de Yahweh[N 32]. Yahweh n'est pas seulement le dieu tutélaire d'Israël. Il dirige le monde et peut choisir des rois étrangers pour assurer l'avenir d'Israël. L’existence même des autres dieux est refusé[N 33] : Yahweh est le seul dieu dans le cosmos et rien n'est semblable à lui[83].

Notes et références

Notes
  • Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Yahweh (transcription) » (voir la liste des auteurs).
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  5. Exode 3,14
  6. Psaume 118,27
  7. 1 Chroniques 2,55
  8. Deutéronome 33,2, Juges 5,4, Ésaïe 63,1 et Habakuk 3,3
  9. Exode 15,3 et Psaume 24,8 dans la Bible Segond.
  10. F.W. Ghillany publie Theologische Briefe an die Gebildeten der deutsche Nation en 1862 sous le pseudonyme Richard von der Alm, son hypothèse étant trop osée pour son époque. Source : (en) K. Van Der Toorn, Family Religion in Babylonia, Ugarit and Israel. Continuity and Changes in the Forms of Religious Life, Brill, , p. 283
  11. Juges 1,16, Juges 4,11, Nombres 10,29
  12. Exode 2,16, Exode 3,1, Exode 18,1
  13. Exode 18,10
  14. Nb 6,24-26
  15. Jg 5,4
  16. La lecture alternative « (le mont) Moriah que tu as favorisé, la demeure de Yah, yahweh » proposée initialement par Joseph Naveh a été reconnue par l'auteur comme erronée (Naveh 2001)
  17. Deutéronome 32,8
  18. 4Q37
  19. 1 Rois 22,19
  20. Ésaïe 27,1
  21. Exode 6,2
  22. Ésaïe 40,28, Habakuk 3,6
  23. Ecclésiastique 18,30, Daniel 3,25
  24. Psaume 15,1, Psaume 27,6
  25. 2 Rois 23,4
  26. 2 Samuel 2,8, 2 Samuel 21,7
  27. 1 Chroniques 8,33, 1 Chroniques 9,39
  28. Deutéronome 5,35
  29. Deutéronome 5,7, Deutéronome 6,4
  30. 2 Rois 17,27
  31. Exode 31,18
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Études générales
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  • William G. Dever, Aux origines d'Israël, Bayard, p. 142
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  • Thomas Römer, L'invention de Dieu, Éditions du Seuil,
Articles
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  • Joseph Naveh, « Hebrew Graffiti from the First Temple Period », Israel Exploration Journal, Israel Exploration Society, vol. 51, no 2,‎ , p. 194-207 (JSTOR 27926975)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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Ashera

Ashera (hébreu : אשרה ˈæʃərə), est une déesse qui semble avoir été liée aux cultes d'El et de Yahweh avant le VIIe siècle av. J.-C. Elle était probablement vénérée comme son épouse.

Diacritiques de l'alphabet hébreu

En hébreu, les diacritiques sont appelés נִיקוּד (translittération : nīqūd ou nikkoud) ou נְקֻדּוֹת (translittération : nəquddōṭ ou nekuddōth), ou plus communément nikkudot ou « points voyelles ».

Il y a eu de nombreuses versions différentes, mais la plus utilisée aujourd’hui a été inventée par les Massorètes (ba'alei masorah), pour compléter l’écriture consonnantale de plusieurs abjads sémitiques (dont l’abjad hébreu, l’abjad arabe, plusieurs variantes araméennes dont le samaritain, des écritures utilisées alternativement pour la transcription de la langue hébraïque).

Les nikkudot sont de petits signes, comparés aux consonnes qu’ils complètent, et ont ainsi l’avantage de pouvoir être directement ajoutés sur un texte n’en comportant pas.

Les étudiants en hébreu, qui ne le parlent pas ou pas encore couramment, font particulièrement attention à ces diacritiques, notamment en ce qui concerne la controverse du tétragramme – écrit נִיקוּדיְהוָה en hébreu. – L’interprétation permettrait de retrouver l’ancienne prononciation (authentique disent certains) de Jéhovah ou Yahweh.

Dieu le Père

La théologie chrétienne a développé la conception d'un Dieu trinitaire : Père, Fils et Saint-Esprit.

Au sein de nombreuses croyances, il est donné au Dieu suprême le titre et l'attribut du Père.

Le judaïsme lui aussi développa certains attributs de Yahweh comme Père du fait de sa création, de l'éducation que donne Dieu et sa paternité envers le peuple d'Israël.

Jésus-Christ, dans son enseignement à travers les Evangiles, définit la paternité de Dieu comme l'élément essentiel de Dieu avec l'Amour. Cette paternité de Dieu est particulière pour Jésus qui a une filiation particulière avec lui, mais il montre aussi que les chrétiens sont appelés à une paternité adoptive par lui. Les enseignements de Jésus sur la paternité de Dieu montrent que cette paternité est ouverte à tous les hommes, bons comme méchants.

La doctrine chrétienne va progressivement conceptualiser la paternité de Dieu à travers le dogme de la Trinité.

La représentation de Dieu dans l'art au début interdite dans le judaïsme, va progressivement se développer à travers la peinture et la sculpture, représentant Dieu le Père sous différents aspects : celle de la lumière, ou sous la forme d'une personne d'âge avancé portant généralement une barbe blanche. Ces différentes représentations trouvent leurs origines dans des textes de l'Ancien ou Nouveau Testament et sont reprises à travers le cinéma ou la publicité.

Hébreux noirs

Les Hébreux noirs (anglais : Black Hebrews ou Black Hebrew Israelites, i.e. Hébreux noirs israélites), sont un ensemble de groupes Afro-Américains considérant que les Israélites de l'Ancien Testament étaient en fait des Noirs, et que les Noirs actuels sont leurs descendants. Les communautés juives traditionnelles ne reconnaissent généralement pas ces groupes comme juifs. Les thématiques de l'esclavage, de la délivrance, de l'exode, expliquent cette identification aux anciens Hébreux, et la thématique du peuple élu renforce la fierté noire.

Certains refusent aux Juifs blancs le statut de véritables israélites, quand d'autres l'acceptent. Certains prônent l'émigration vers l'Afrique, d'autres vers la Terre sainte, d'autres encore préfèrent se maintenir aux États-Unis, mais en revendiquant une forte autonomie communautaire. On note aussi des ressemblances non négligeables entre les Hébreux israélites africains et le Mouvement rastafari (apparu dès les années 1920) : croyance selon laquelle les anciens Israélites étaient Noirs, mais aussi insistance des rastas sur l'idée de santé à travers une nourriture végétarienne appuyée sur les mêmes références bibliques que chez les « Hébreux israélites » (Genèse 1:29), couplée avec le refus de toute nourriture non biologique. Le nom que les rastafari donnent à Dieu, Jah, ressemble également fortement au nom donné par les Hébreux israélites africains : Yah.

Les Black Hebrews ne doivent pas être confondus avec les Juifs noirs américains faisant partie des communautés juives traditionnelles, issus de mariages mixtes ou de conversions. La majorité appartiennent à des congrégations juives conservatrice ou libérale, mais certains sont orthodoxes. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les Falashas d'Éthiopie, dont la judéité a été reconnue par l'État israélien et qui ont presque tous émigré en Israël dans les années 1980-1990.

Les différentes organisations des « Hébreux noirs » sont elles-mêmes l'expression d'une tendance plus large de certaines communautés afro-américaines, la volonté de créer des religions par et pour les noirs, parfois inspirées du christianisme (rastafarisme), parfois de l'Islam (Moorish Science Temple of America, Nation of Islam). Globalement, les différents mouvements Black Hebrews participent de l'idéologie du nationalisme noir aux États-Unis, et font même partie des premières organisations à avoir développé cette doctrine vers la fin du XIXe siècle.

Selon l'Alliance of Black Jews, les juifs noirs (traditionnels et hébreux réunis) seraient environ 200 000. Eu égard à la multiplicité des groupes, il est difficile de donner des estimations chiffrées pour les hébreux noirs, chaque groupe ayant tendance à exagérer son importance. Il est généralement accepté qu'ils compteraient au total quelques dizaines de milliers de membres.

Israël antique

L'Israël antique désigne des populations qui ont vécu dans les territoires actuels d'Israël et de Palestine dont le récit national est donné par la Bible hébraïque. Celle-ci présente les Israélites comme descendants d'une même famille, divisés en douze tribus indépendantes puis fédérés en un royaume unifié qui se scinde ultérieurement. L'archéologie tend en revanche à situer les débuts de leur histoire aux derniers siècles du IIe millénaire av. J.‑C., après l'effondrement des grands empires égyptien et hittite dominant le Proche-Orient. Des sociétés sédentaires émergent alors dans les hautes terres situées entre la plaine côtière palestinienne et le Jourdain, où se développent par la suite des entités politiques qui deviennent de plus en plus complexes, jusqu'à l'apparition de deux royaumes, Israël au nord et Juda au sud, peut-être issus de la scission d'un royaume unique. Ces deux États connaissent ensuite des fortunes diverses. Prospère, organisé autour de sa capitale Samarie, le premier est finalement vaincu et absorbé par les Assyriens en 722 av. J.-C., qui ne parviennent pas à faire subir le même sort au second. Celui-ci, dont la capitale est Jérusalem, est finalement battu et annexé à son tour par l'empire babylonien en 587 av. J.-C., et une partie de sa population est déportée en Babylonie d'où elle revient plusieurs décennies plus tard durant la domination des Perses achéménides (à partir de 539 av. J.-C.). La rédaction et la composition de la Bible hébraïque par l'élite intellectuelle judéenne dotent progressivement les survivants et déportés puis leurs descendants d’une identité résistant à leur soumission et leur exil, centrée sur le culte de leur Dieu national et sur leur grand temple reconstruit, situé à Jérusalem. S'ouvre alors la période du Second Temple (c. 538 av. J.-C.-70 ap. J.-C.), dont les premiers 150 ans peuvent être considérés comme marquant la fin de l'époque de l'Israël antique : les coutumes et croyances développées aboutissent finalement à l'élaboration du judaïsme, et ceux qui les suivent étant désignés sous le nom de Juifs. Les populations vivant dans la région de Samarie, les Samaritains, qui se considèrent comme les descendantes du royaume d'Israël, élaborent de leur côté une tradition religieuse proche de celle du judaïsme.

Bien qu'ayant été des royaumes peu puissants qui n'ont pas pesé dans l'histoire politique du Proche-Orient ancien, Israël et Juda ont connu un destin remarquable en étant les lieux d'émergence d'une religion, le judaïsme, et de son livre sacré, la Bible hébraïque, qui ont profondément marqué les civilisations du Moyen-Orient et du monde occidental. Ils ont eu un impact majeur en étant les lieux d'élaboration du monothéisme, autour de leur divinité nationale commune, Yahweh. La Bible hébraïque a longtemps été jugée fiable pour reconstituer leur histoire. La critique historique qui s'est affirmée depuis la fin du XIXe siècle, complétée par les nombreuses découvertes archéologiques réalisées depuis la même époque au Moyen-Orient et plus précisément en Israël et en Cisjordanie, ont abouti à la constitution d'études historiennes de l'Israël antique ne prenant pas le texte biblique à la lettre pour les événements historiques, et cherchant à le replacer dans son contexte d'élaboration et à mettre en avant les buts de ses rédacteurs et compilateurs. Plus largement, la découverte de nouveaux textes et de sites archéologiques a permis d'analyser de manière plus approfondie la civilisation de l'Israël antique, en particulier sa religion, mais également son organisation sociale et économique.

L'histoire de l'Israël antique est généralement marquée par des débats importants et insolubles qui font qu'il est impossible d'en présenter une vision unifiée. Ces oppositions reposent essentiellement sur l'approche de la fiabilité historique des textes bibliques, et confrontent schématiquement ceux qui conservent le plus d'éléments de cette documentation et ceux qui les remettent en cause. Si les historiens et archéologues considèrent pour la plupart qu'il leur est impossible d'étudier les textes relatifs aux origines des Israélites (Genèse, Exode) comme reflétant des événements historiques vérifiables, ils débattent surtout de la fiabilité des récits d'événements de la période de la monarchie unifiée de David et Salomon et de celle des royaumes d'Israël et de Juda. La religion de l'Israël antique est un autre objet d'étude majeur, en particulier la problématique de l'émergence du monothéisme.

Jah

Dans la Bible hébraïque, on trouve 26 occurrences du mot hébreu יָהּ = Yah ou Jah.

On trouve aussi le terme sous forme composée, dans le mot alléluia, ou halellujah qui vient de l’hébreu : Hallelou Yah, « Louez Jah ! ».

Il s'agit dans la bible d'une forme abrégée de YHWH (Yahweh ou Jéhovah). Il désigne donc Dieu.

Livre de Josué

Le Livre de Josué (en hébreu ספר יהושע Sefer Y'hoshua) est le premier livre des Prophètes dans le Tanakh, la Bible hébraïque, et le premier livre historique de l'Ancien Testament chrétien. Il fait suite au Pentateuque, qui se termine par la mort de Moïse aux portes du pays de Canaan. Le livre relate la conquête du pays promis sous la direction de Josué, et il porte son nom parce qu'il en est le personnage principal, et non l'auteur. Selon la tradition juive, il fut écrit par Jérémie, lequel puisa dans des documents anciens qui dateraient du Xe siècle av. J.-C.[réf. nécessaire]Les chapitres 1 à 12 racontent l'invasion de Canaan. Y figurent notamment l'épisode des « Trompettes de Jéricho » et la bataille où Josué arrête le soleil et la lune (chap 10, 12-14). Les chapitres 13 à 24 montrent comment les tribus d'Israël se répartirent le pays et rapportent la recommandation finale de Josué. Le livre de Josué est un passage particulièrement violent de l'Ancien Testament. Le plus souvent la conquête des villes d'Israël (Jéricho, Macéna, Lebna, Lachis, Heglon, Hebron, Dabir...) est suivie de l'extermination méticuleuse de ses habitants selon les ordres donnés par Yahweh.

Maccabées

Les Maccabées, Macabées ou Macchabées (מכבים ou מקבים, Makabim ou Makavim en hébreu) sont une famille juive qui mena la résistance contre la politique d’hellénisation pratiquée par les Séleucides au IIe siècle av. J.-C. et soutenue par une partie des élites juives hellénisées. Ils fondèrent la dynastie des Hasmonéens.

Le surnom de « Maccabée » est celui de Judas, troisième fils du prêtre Mattathias. L'étymologie en est controversée. Plusieurs explications ont été proposées pour ce surnom. Une proposition est qu'il vient du mot araméen maqqaba, qui signifie « marteau », allusion à sa force dans les batailles. Il peut aussi s’agir de l’acronyme MaKaBi formé des premières lettres du verset biblique Mi Kamokha Ba-elim, Hachem qui veut dire : « Qui est comme Toi entre les dieux, Seigneur », ou de Maqqebaï, abréviation pour Maqqabyahu, « désignation de Yahweh » ; mais l'étymologie n'est pas assurée. De nombreux clubs sportifs israéliens portent ce nom car « marteau » prend le sens de « mouvement ».

Dans la tradition chrétienne, le nom de Maccabées ou Macchabées est réservé aux sept fils et à leur valeureuse mère, dont le martyre est rapporté au chapitre 7 du deuxième livre des Maccabées. L’insistance de ce deuxième livre sur le martyre et sur la résurrection des morts est probablement à l'origine du sens dérivé de « cadavre » qu’a pris le mot macchabée (abrégé en macchab ou macab).

Moloch

Moloch ou Molech est une divinité dont le culte était pratiqué dans la région de Canaan selon la tradition biblique. Il apparaît dans un contexte lié à des sacrifices d'enfants par le feu.

Moïse

Moïse (hébreu מֹשֶׁה בן עמרם Moshé ben Amram, grec Mωϋσῆς ou Μωσῆς, Mō(y)sēs, latin Moyses, arabe موسى Moussa) est, selon la tradition, le premier prophète du judaïsme, qui s'appelle parfois « mosaïsme », ce qui signifie « religion de Moïse ». Moïse apparaît dans le Livre de l'Exode. Il est probablement le personnage le plus important de la Bible hébraïque, recevant la Loi pour le judaïsme, préfigurant Jésus-Christ pour le christianisme et précédant le prophète Mahomet pour l'islam.

Pour les traditions monothéistes juive et chrétienne, Moïse est l'auteur sous inspiration divine du Pentateuque, c'est-à-dire des cinq premiers livres de la Bible, livres qui constituent la Torah juive et sont appelés la « Loi de Moïse » dans le judaïsme. C'est là que sont relatées l'histoire de Moïse lui-même, celle des Patriarches et celle du peuple d'Israël. Moïse y apparaît comme le prophète et le guide qui conduit le peuple hébreu hors d'Égypte, pays où il vivait dans la servitude, après que les dix plaies infligées à l'Égypte ont permis la libération du peuple d'Israël. Fils d'Amram, Moïse est le premier personnage à être nommé « homme de Dieu » dans la Bible.

Selon ces traditions, Moïse écrit également « sous la dictée de Dieu » le Décalogue et tout un ensemble de lois religieuses, sociales et alimentaires. En plus de cette idée d'une rédaction mosaïque sous la dictée de Dieu connue comme la « Torah écrite », les rabbins attribuent également à Moïse la « Torah orale » que constituent les commentaires de la Loi codifiés dans la Mishna.

La place de Moïse dans la chronologie universelle tout comme son historicité demeurent néanmoins inaccessibles pour la recherche contemporaine.

La tradition de la rédaction mosaïque de la Torah a été remise en question à partir du XVIIe siècle, entre autres par Spinoza, puis au XVIIIe siècle par Jean Astruc, qui ne réfutent pas l'historicité de Moïse pour autant. C'est par la suite que se développe l’école de la critique biblique, étudiant la Bible comme un objet scientifique.

En Islam, Moïse — sous le nom de Moussa — est le prophète le plus présent dans le Coran, cité à cent trente-six reprises. Il fait partie des « grands prophètes », considéré comme l'un des messagers envoyés par Allah et annonce le prophète Mahomet. Les récits mosaïques du Coran font référence au Pentateuque et à l'Aggada qui sont parfois confirmés, parfois « corrigés », mais proposent aussi des épisodes originaux, insistant sur le parallélisme entre Mahomet et Moïse. Ce dernier est le seul des prophètes à avoir entendu directement Dieu lorsqu'il reçoit les tables de la Loi ce qui lui vaut le titre de kalîm Allah — « interlocuteur de Dieu ».

Nahash

Le nahash de l'hébreu נָחָשׁ (nāḥāš), est un terme hébreu qui désigne un serpent dans la Bible. Nahash est notamment le terme utilisé pour désigner le serpent de la Genèse, qui entraîne la chute d'Adam et Ève. C'est aussi le terme utilisé dans l'épisode de la transformation du bâton de Moïse en serpent dans le Livre de l'Exode et dans l'épisode du serpent d'airain dans le Livre des Nombres.

Origines du judaïsme

Cet article présente les origines du judaïsme, le plus ancien monothéisme encore pratiqué de nos jours.

Phinées

Phinées, ou Phinée, ou Phinéas, ou Pinhas, ou Finéas, est un personnage biblique, troisième grand prêtre des Hébreux, fils d'Éléazar, lui-même fils d'Aaron.

Il est nommé dans le Livre de l'Exode (6:25) : « Éléazar, fils d'Aaron, prit pour femme une des filles de Phuthiel, qui lui enfanta Phinées. » Il apparaît ensuite dans le Livre des Nombres (25:6-13, et 31:6). Les Hébreux, après avoir traversé le Sinaï, sont arrivés dans le royaume de Moab. Ils commencent à « se livrer à la débauche avec les filles de Moab », qui les attirent vers le culte de leur dieu Belphégor. « Yahweh dit à Moïse : « Assemble tous les chefs du peuple et pends les coupables devant Yahweh, à la face du soleil, afin que le feu de la colère de Yahweh se détourne d'Israël ». Et Moïse dit aux juges d'Israël : « Que chacun de vous mette à mort ceux de ses gens qui se sont attachés à Belphégor » » (25:4-5). Pendant cette réunion, un certain Zamri, fils de Salu, passe par hasard en compagnie d'une femme madianite. « À cette vue, Phinées, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le prêtre, se leva du milieu de l'assemblée, il prit une lance dans sa main, suivit l'homme d'Israël dans l'arrière-tente et les transperça tous les deux, l'homme d'Israël et la femme, par le ventre. Alors la plaie s'arrêta parmi les enfants d'Israël » (25:7-8). « Yahweh dit à Moïse: « Phinées, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le prêtre, a détourné ma fureur de dessus les enfants d'Israël, parce qu'il a été animé de ma jalousie au milieu d'eux ; et je n'ai point, dans ma jalousie, consumé les enfants d'Israël. C'est pourquoi je lui accorde mon alliance de paix : ce sera, pour lui et pour sa postérité après lui, l'alliance d'un sacerdoce perpétuel, parce qu'il a été jaloux pour son Dieu, et qu'il a fait l'expiation pour les enfants d'Israël » » (25:10-13).

Ensuite, au ch. 31, Moïse envoie une armée « exécuter la vengeance de Yahweh » sur les Madianites. « Moïse les envoya au combat, mille hommes par tribu, eux et Phinées, le fils d'Éléazar, le prêtre, qui avait avec lui les instruments sacrés et les trompettes retentissantes. Ils s'avancèrent contre Madian, selon l'ordre que Yahweh avait donné à Moïse, et ils tuèrent tous les mâles » (31:6-7).

Ce passage biblique a été souvent allégué pour défendre le droit des autorités d'infliger la mort aux hérétiques, par exemple par Optat de Milève, qui semble avoir été le premier théologien chrétien à défendre ce droit.

Phinées réapparaît dans le Livre de Josué (22:13-33). La tribu de Ruben, celle de Gad et une demi-tribu de Manassé se sont vu attribuer le territoire du royaume de Moab, à l'est du Jourdain, tandis que toutes les autres sont à l'ouest. Elles bâtissent un grand autel au bord du Jourdain, ce qui est interprété par les autres comme un abandon du culte de Yahweh. « Les enfants d'Israël envoyèrent auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé, au pays de Galaad, Phinées, fils du prêtre Éléazar, et avec lui dix princes, un prince de maison patriarcale pour chacune des tribus d'Israël » (22:13). Les représentants des tribus incriminées expliquent que la construction de l'autel a été mal interprétée. Phinées et ses compagnons repartent satisfaits de l'explication donnée.

Ce personnage est considéré comme un saint par l'Église orthodoxe, fêté le 2 septembre en même temps que son père Éléazar.

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Psaume 2

Le psaume 2 est appelé en latin Quare fremuerunt, selon les premiers mots (l'incipit) de la version latine. Il n’indique pas son auteur, mais les Actes des Apôtres l’attribuent à David. Le verset 7 de ce psaume apparaît plus loin dans ce même livre de la Bible chrétienne.

Psaume 6

Le psaume 6 est le sixième psaume du livre des Psaumes, dans les deux numérotations hébraïque et grecque. Il est attribué au roi David d'après l'indication du premier verset et fait partie des sept psaumes pénitentiels. Il est appelé en latin Domine ne in furore. Ce psaume est probablement destiné à quelqu'un qui a été frappé par la maladie, à moins qu'il n'exprime les sentiments d'Israël souffrant de l'oppression d'un autre peuple.

Royaume d'Israël

Le royaume d'Israël est un royaume du Proche-Orient ancien établi par les Israélites dans le nord de la Palestine à l'Âge du fer. Il existe pendant environ 200 ans, de la fin du Xe au VIIIe siècle av. J.-C. (environ 930-720 av. J.-C.). Les historiens le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. Selon la Bible hébraïque, il succède au royaume uni d'Israël et de Juda. Il est aussi appelé « Ephraïm ». Il est dirigé par plusieurs dynasties successives. Sa capitale est d'abord Sichem, avant que Jéroboam n'opte pour Tirça. Plus tard, Omri fonde la ville de Samarie qui est la capitale du royaume jusqu'à sa chute. La Bible donne une vision assez négative du royaume, sa population étant accusée de s'être éloignée de l'enseignement de Moïse en tombant dans l'idolâtrie. Le royaume d'Israël est conquis vers 720 av. J.-C. par l'empire assyrien.

Satan

Satan (hébreu : שָׂטָן śāṭān, « ennemi » ; grec ancien : Σατανᾶς Satanâs ; araméen : ܣܛܢܐ sāṭānā’ ; arabe : ﺷﻴﻄﺎﻥ šayṭān) désigne un être apparaissant dans le judaïsme, le christianisme et l'islam.

Il incarne le mal et la tentation. Créature céleste, il est à l'origine l'« accusateur » ou l'« adversaire » avant de devenir un démon.

Temple de Salomon

Le Temple de Salomon (hébreu : מקדש שלמה mikdash Shlomo), également connu comme le premier temple de Jérusalem est selon la Bible hébraïque (I Rois 6-8 & II Chroniques 3-5), un lieu de culte édifié par le roi Salomon sur le mont Moria et détruit lors du siège de Jérusalem par l’armée babylonienne de Nabuchodonosor II. Conçu par le roi pour centraliser le culte du Dieu d’Israël, Jéhovah (ou Yahvé), son hégémonie est remise en cause après sa mort et l’ouverture d’un autre sanctuaire à Béthel, dans le royaume schismatique d’Israël. C’est dans ce laps de temps que se produisent la plupart des faits décrits dans les livres prophétiques.

Le compagnonnage et la franc-maçonnerie intègrent dans leurs rituels de nombreuses références au Temple de Salomon : le temple maçonnique en est parfois vu comme une reproduction symbolique.

YHWH

יהוה est le Tétragramme (grec ancien : Τετραγράμματον, Tetragrammaton, « mot composé de quatre lettres »), le théonyme de la divinité d’Israël, composé des lettres yōḏ (י), hē (ה), wāw (ו), hē (ה), et retranscrit YHWH en français.

Apparaissant près de 7 000 fois dans l’ensemble de la Bible hébraïque et présenté comme le « nom propre » de l’Elohim du judaïsme, il pourrait être dérivé de la racine trilittère en hébreu : היה (HYH, « être »). Considéré d’une sainteté suprême et déclaré ineffable en raison du troisième commandement (« ne pas prononcer le nom divin en vain ») vers le IIIe siècle, il est substitué dans les prières ou la lecture de la Torah par Adonaï (hébreu : אדני « mon Seigneur ») et par HaShem (hébreu : השם « le Nom ») dans un contexte profane.

Certaines traductions chrétiennes de la Bible l’ont parfois transcrit par « Yahvé », « Yahweh », « Jéhovah » ou « Jéhova ». Depuis le pontificat de Benoît XVI, l’Église catholique préconise, entre autres par respect pour les Juifs, de ne plus prononcer « Yahvé » mais d’employer à la place l'expression « le Seigneur » selon l’usage de la Vulgate, laquelle suit elle-même les copies tardives de la Septante, dans lesquelles le Tétragramme avait fini par être remplacé par Κύριος (Kyrios, « Seigneur »).

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