Créationnisme

Le créationnisme est la croyance religieuse qu'une création divine est responsable de la vie et de l'univers, contrairement au consensus scientifique qui soutient une origine naturelle au moyen de l'évolution.

Depuis que sont décrits des phénomènes évolutifs en astronomie, en géologie et en biologie, les créationnistes entretiennent la polémique à cet égard, car l'explication scientifique de ces phénomènes n'est pas compatible avec leur interprétation des textes religieux. Le débat relève d'enjeux politiques importants, notamment en matière d'enseignement, de recherche scientifique, de liberté d'opinion et de croyances.

Les courants créationnistes montrent une grande diversité, depuis ceux qui soutiennent le fixisme en élaborant une théorie de la nature théiste (« créationnisme Jeune-Terre » et « Vieille-Terre ») à ceux aux positions plus déistes qui embrassent la théorie transformiste (hypothèse du dessein intelligent et de la panspermie dirigée)[1].

Le « créationnisme Jeune-Terre » lit la Bible ou le Coran comme des livres scientifiques et historiques, véhiculant la croyance selon laquelle le récit de la création de l'univers tel que fourni par les textes religieux, donne une description littéralement exacte de l'origine de l'Univers. Cette interprétation littérale de textes comme la Genèse s'appuie sur la conviction que ces textes ont été « dictés par Dieu » comme vérités absolues, définitives et indiscutables (cas de certaines Églises protestantes, majoritaires dans le Bible Belt des États-Unis). Ce courant de pensée est généralement associé au refus de toute idée d'évolution biologique et géologique[2],[3],[4].

La plupart des traditions religieuses monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) postulent la création du monde par Dieu. La lecture fondamentaliste est refusée par la majorité des Églises chrétiennes actuelles, qui privilégient une lecture herméneutique. Pour les catholiques, la création de l'univers par Dieu ne s'oppose pas en soi à l'évolution : la création est avant tout la relation entre les créatures et un Créateur, leur premier principe[5].

Le créationnisme ne se restreint néanmoins pas aux seuls courants interprétant des textes religieux de façon littérale, mais inclut également divers créationnismes dits « Vieille Terre » qui admettent que l'univers a plus de 6000 ans, les partisans du dessein intelligent, des courants qui admettent des aspects de la théorie de l'évolution mais en excluent l'Homme, l'évolution théiste qui admet que l'évolution des espèces a lieu mais qu'elle est dirigée ou influencée par des divinités ou un Créateur qui donnerait naissance à l'univers, au vivant et aux mécanismes leur permettant ensuite d'évoluer par eux-mêmes.

Truth fish
Le Truth fish, parodie créationniste du Darwin fish (en).

Le mouvement créationniste

Le mouvement créationniste est né au XIXe siècle, en réaction contre le darwinisme. Le fameux débat d'Oxford du 30 juin 1860 est le premier affrontement direct entre les darwinistes et les créationnistes. Ces derniers étaient représentés par l'évêque Samuel Wilberforce[6]. Ses partisans affirment que le monde a été créé par Dieu en six jours et soutiennent que les théories transformistes s'opposent à la Bible, selon laquelle Dieu aurait créé chaque espèce végétale ou animale de façon individuelle.

Le créationnisme est principalement soutenu par quelques Églises protestantes, comme une conséquence de la doctrine de l'inerrance biblique et de l'autorité de la Bible. Cette mouvance est associée au littéralisme biblique, qui se base sur une lecture littérale de la Genèse et d'autres éléments de la Bible, comme les psaumes, s'opposant ainsi à d'autres courants créationnistes chrétiens.

À l'heure actuelle, des créationnistes essaient d'apporter des éléments pour défendre leur thèse face à la théorie de l'évolution, mais leurs théories sont rejetées par la communauté scientifique : ils sortent en effet du champ de la rationalité en invoquant l'intervention miraculeuse de Dieu durant la « semaine de la création ». La démarche est également qualifiée de non-scientifique, car elle est basée sur l'a priori que les faits scientifiques doivent concorder avec les écrits saints[7].

Les deux livres

Livre de la Genèse

Le Livre de la Genèse (du grec Γένεσις, « naissance », « commencement », « source », « origine », « cause ») est le premier livre, appelé en hébreu "bereshit" (en tête selon la traduction de A. Chouraqui), de la Torah (Pentateuque), donc du Tanakh (la Bible hébraïque) et de la Bible chrétienne. La tradition juive considère qu'il a été écrit sous la dictée divine par Moïse.

Le livre de la Genèse explique l'origine de l'homme et du peuple hébreu jusqu'à son arrivée en Égypte. Il contient les présupposés et bases historiques aux idées et institutions nationales et religieuses d'Israël, et sert de préface à son histoire, ses lois et coutumes. Le récit originel décrit la création du monde en six jours par Dieu.

Le créationnisme actuel se fondant sur une lecture littérale de la Bible est d'origine récente, et l'interprétation symbolique est plus ancienne. Lucien Febvre cite ainsi Origène[8] :

« Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Éden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ?
À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité.
 »

— Origène, cité par Lucien Febvre, Le Problème de l'incroyance au XVIe siècle

L'interprétation symbolique, fréquente chez saint Augustin, était admise au Moyen Âge et au début de la Renaissance, ainsi que dans l'exégèse juive. La Réforme protestante, puis la Contre-Réforme catholique du Concile de Trente, ont conduit au développement de la croyance en l'exactitude littérale de la Bible, en affirmant que la traduction particulière proposée par la Vulgate ne contenait pas d'erreurs par rapport au dogme, ce qui justifiait de s'en servir comme référence dans un but d'exégèse et d'enseignement. La grande diversité des interprétations de la Bible dans les différents courants protestants découle d'un des fondements de la réforme protestante luthérienne : sola scriptura ( « seule écriture » ) promulguant une relation directe entre le chrétien et la Bible, ouverte à l'interprétation de chaque lecteur.

L'Origine des espèces

Sur le plan scientifique, l'exploration de la planète conduit à la découverte d'espèces jusqu'alors inconnues des Occidentaux, et la grande variété du vivant et de la Terre surprend. Au XVIIIe et XIXe siècles, des théories scientifiques tentent d'expliquer la géologie de la Terre, en particulier l'uniformitarisme, soutenu notamment par Charles Lyell, qui décrit la création du relief de la Terre par une succession graduelle de transformations naturelles. En biologie, le débat s'ouvre entre les partisans du fixisme, notamment représenté par Georges Cuvier, et les défenseurs du transformisme fondé par Jean-Baptiste de Lamarck. Charles Lyell tente aussi d'accorder les récits bibliques avec l'observation, et explique la diversité du vivant par l'existence de « centres de création » : certaines régions de la Terre possèderaient des espèces très différentes des autres parce qu'elles seraient originaires de centre de création différents à partir desquelles elles auraient colonisé les régions avoisinantes. Lors de son tour du monde sur l'HMS Beagle, Charles Darwin interprète ses observations en suivant les théories de Charles Lyell.

En 1859, Charles Darwin publie l'Origine des espèces (On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life). L'essai introduit une rupture dans la connaissance scientifique des origines de la vie en général et des origines de l'Homme en conséquence, bien que Darwin évite de parler de l'homme dans l'ouvrage. La théorie développée par Darwin en 1859 dans l'Origine des espèces, soutient que les êtres vivants voient leurs caractéristiques biologiques évoluer dans le temps et que le milieu dans lequel vit un groupe d'individus opère une sélection naturelle qui, par la reproduction et la transmission de certains caractères héréditaires, étend l'évolution de ces caractéristiques biologiques à l'ensemble du groupe. Selon cette théorie, il n'y a pas d'entité créatrice qui donne subitement vie à une espèce complètement et définitivement formée.

La tentative d'explication des mécanismes adaptatifs de transformation et de diversification des espèces dans leur milieu par Charles Darwin connut un succès rapide. Les idées de Charles Darwin influèrent sur la recherche scientifique postérieure. Les travaux en paléontologie, en biologie moléculaire et en génétique permirent d'étayer et de développer la théorie de l'évolution. Depuis le milieu du XXe siècle, la théorie darwinienne a obtenu le consensus de la communauté scientifique, mais l'ouvrage de Darwin est diversement reçu par différents courants religieux d'obédience chrétienne ou musulmane. Le débat contradictoire entre créationnisme et évolutionnisme se déplaça rapidement sur le terrain de l'enseignement et dans le domaine législatif. Le débat est toujours actuel dans certains pays, comme aux États-Unis, où l'enseignement de l'évolution dans les écoles publiques de plusieurs États était interdite jusqu'en 1968 et une décision de la Cour suprême qui jugea que cette interdiction contrevenait à la première clause du 1er amendement de la constitution américaine.

Christianisme et créationnisme

Créationnisme en milieu protestant

Sébastien Fath, sociologue, dans son étude des créationnismes en milieu protestant aux États-Unis souligne qu'il est impossible de dégager une tendance et une motivation unique mais définit pourtant quatre orientations principales :

Le créationnisme littéraliste, à partir d'une lecture littérale de la Bible, qu'il estime adopté par 15 millions de personnes.

Le créationnisme concordiste, qui cherche un accord entre le texte et la recherche scientifique, qu'il estime à 20 – 25 millions d'adeptes.

Le créationnisme finaliste, qui adopte l'approche scientifique sans réserve mais en discute la finalité (voir dessein intelligent), tendance qui serait la plus répandue aux États-Unis et la mieux implantée en Europe également.

Le créationnisme théiste, dans lequel Dieu est reconnu comme Créateur mais dont la Création suivrait son cours librement ensuite, avec également environ 20 millions d'adeptes[9].

L'Église catholique et la théorie de l'évolution

Avant les développements de la théologie du XXe siècle, l'Église catholique fut nettement défavorable au transformisme. Elle ne le condamna cependant pas. Le pape Léon XIII affirme en 1893, dans l'encyclique Providentissimus Deus, la doctrine de l'inspiration par l'Esprit Saint de la Bible[10] :

« Les livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, tels qu'ils ont été reconnus par le Concile de Trente doivent être reconnus comme sacrés et canoniques, non pas en ce sens que, composés par le génie humain, ils ont ensuite reçu son approbation, ni seulement qu'ils contiennent la révélation sans aucune erreur, mais parce qu'ils ont été écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit et ont ainsi Dieu pour auteur. »

— Le pape Léon XIII, Providentissimus Deus

Selon cette doctrine, la science ne peut donc se montrer en contradiction avec les Écritures saintes, dès lors que celles-ci sont convenablement interprétées. Cette encyclique invita les catholiques à participer au développement des études bibliques.

Le sociologue des religions et historien Émile Poulat résume l'évolution subséquente de la pensée de l'Église : « L'immense effort développé au nom de la «science» dans tous les domaines sans en exclure la Bible a dissipé notre représentation religieuse de l'homme et du monde. Les Six Jours, Adam et Eve, le Déluge, la composition du Pentateuque, le monde du Proche-Orient, les «sources» des évangiles, les genres littéraires, l'histoire des manuscrits et du canon, la Bible reste un univers religieux mais dont il a fallu sortir pour l'étudier et le comprendre avec un outillage intellectuel et un équipement culturel qui ne lui doivent rien. Leur mise en œuvre a d'abord été ressentie comme un sacrilège avant que leur nouveauté ne soit tardivement reçue par Pie XII dans son encyclique Divino Afflante (1943), puis assumée par Vatican II dans la constitution Dei Verbum (1965) »[11]. À l'ère préscientifique, en symbiose avec la culture de leur époque et de leur milieu, les auteurs bibliques ne cherchaient pas à éviter des erreurs et des contradictions qui demeuraient sans lien avec l'inspiration et le message qu'ils voulaient transmettre[12].

L’Église n'entend pas se prononcer sur les domaines scientifiques, Elle rappelle seulement l'historicité des quatre évangiles canoniques en ce qu'ils nous transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné. L'Église rejette la doctrine fondamentaliste[13] de l'inerrance biblique et considère que la bible ne vise pas à renseigner le lecteur sur les sciences naturelles, la cosmologie, l'histoire, la géographie ou tout autre domaine de connaissance sans rapport avec le salut de l'être humain[14].

Le , le pape Jean-Paul II intervient devant l'Académie pontificale des Sciences et affirme que « de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l'évolution plus qu'une hypothèse »[15]. Jean-Paul II et son successeur Benoît XVI ne s'opposent pas aux théories de l'évolution, qui sont du ressort du monde scientifique, mais ils réfutent toute doctrine matérialiste qui aboutirait à faire de l'Homme « le produit accidentel et dépourvu de sens de l'évolution ». Il ne s'agit pas pour eux de débattre des mécanismes de l'apparition de l'Homme, mais de s'opposer à ce que ces mécanismes définissent la façon dont l'Homme est considéré.

Ils affirment en outre que l'âme spirituelle, créée par Dieu, ne procède pas par évolution. Pour le pape Jean-Paul II (Les origines de la vie, Allocution du 22 octobre 1996 à l'Académie pontificale des sciences) :

« Pie XII avait souligné ce point essentiel : si le corps humain tient son origine de la matière vivante qui lui préexiste, l'âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (« Animas enim a Deo immediate creari catholica fides nos retinere jubet ») (Enc. Humani generis, AAS 42, p. 575). En conséquence, les théories de l'évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l'esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière, sont incompatibles avec la vérité de l'homme. Elles sont d'ailleurs incapables de fonder la dignité de la personne. »

— Le pape Jean-Paul II, Les origines de la vie

Mormonisme et théorie de l'évolution

Bien que l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours n'ait pas de position sur la théorie de l'évolution, elle a prononcé un certain nombre de dogmes sur l'origine de l'homme. Ces déclarations adoptent généralement la position approuvée par l'Encyclopédie du mormonisme[16],[17]. L'église SDJ n'a pas publié de déclaration officielle sur la théorie de l'évolution depuis 1925[18].

Oppositions au sein du christianisme

Historiquement, comme dans le débat américain et anglo-saxon, les positions qui ont le plus posé de problèmes dès la crise moderniste sont le darwinisme et le littéralisme biblique. La focalisation rhétorique sur cette position l'a progressivement cataloguée de créationnisme tout court, y confondant des positions alternatives pourtant parfois très contradictoires. Il est donc nécessaire de distinguer les arguments divergents au sein même du créationnisme.

Selon le littéralisme biblique, le monde aurait été créé exactement de la façon décrite dans la Genèse lue de manière littérale et surtout primaliste (privilégiant le sens premier, celui évoqué à première vue, des textes), et Dieu aurait créé l'Univers en six jours de vingt-quatre heures. Selon l'archevêque anglican non conformiste James Ussher (mort en 1658), le premier jour de la création est le 23 octobre 4004 av. J.-C., puisque selon lui la chronologie biblique donne ce résultat.

L'affirmation selon laquelle les dinosaures, fossiles, hommes préhistoriques, etc. n'auraient pas réellement existé mais seraient des artefacts disposés par Dieu pour troubler l'homme dans le jugement de son histoire, afin qu'il ne puisse pas prouver l'existence de Dieu de manière scientifique est associée au créationnisme Jeune-Terre. Selon le figaro.fr, « Pour la quasi-totalité de la communauté scientifique, ces assertions relèvent de la fable enfantine. »[19]

Dopé par les récentes découvertes depuis les années 1990 en astrophysique et en biochimie principalement, et le progrès très important du christianisme évangélique aux États-Unis s'imposant comme version modérée d'un protestantisme conservateur, un mouvement de plus en plus influent tente de conjuguer orthodoxie scientifique et orthodoxie religieuse. Le mouvement est dénommé « Créationnisme Vieille-Terre » (Old-Earth Creationism). Comme son nom l'indique, sa différence typique est qu'il conçoit que l'origine de l'Univers et de la vie sur Terre remonte à une longue période, des millions, voire des milliards d'années (acceptant l'existence du Big Bang, que refusent les « créationnistes terre jeune », comme étant scientifiquement valide et hautement probable).

Les « créationnistes évolutionnistes », mieux connus comme partisans de l'évolution théiste, adhèrent à la thèse générale selon laquelle certains, voire tous les enseignements classiques sur Dieu et la Création sont compatibles avec tous ou presque tous les enseignements du paradigme évolutionniste. On pourrait la schématiser en calque théiste de ce paradigme, ou encore sa formulation en termes métaphysiques. Avec cette adhésion au paradigme évolutionniste en tant que tel (que pratiquement tous les autres théistes jugent être construit sur un biais naturaliste) plutôt qu'une adhésion à certaines orientations théoriques de l'évolution (sans donc les forcer dans un système paradigmatique), les créationnistes évolutionnistes se positionnent à la limite entre le théisme et le déisme (il s'agit d'ailleurs d'une conception qui convient à de nombreux déistes), à savoir, la continuité ou non de l'action de Dieu dans l'Univers après sa création. En arborant un regard épistémologique, basé notamment sur les enseignements de Thomas Samuel Kuhn, on peut critiquer une telle conception en ce qu'elle « dogmatise la science » en posant une croyance dogmatique sur un paradigme qui, lui, est tout à fait sujet au changement.

Il faut néanmoins garder à l'esprit que le créationnisme s'est beaucoup nourri de cette conception des choses, admettant notamment que la lecture des textes sacrés doit être soumise à ce que nous pouvons connaître via la science et la Raison que Dieu a donnée aux hommes (une idée qui remonte à saint Augustin au Ve siècle), ce qui fait qu'on peut aujourd'hui le considérer comme une version plus tempérée et plus « chrétienne » de l'évolution théiste, attirant d'ailleurs dans son giron de plus en plus de chrétiens (surtout évangéliques).

En Belgique, une enquête a montré que 20 % des Flamands adhéraient à la théorie du créationnisme en 2008[20]. L'Atlas de la création qui conteste le darwinisme, s'est diffusé dans les lycées et les universités du pays, notamment parmi les élèves de confession musulmane[20].

En France, l'université interdisciplinaire de Paris (UIP), une association qui regroupe 1 250 adhérents[21], existe depuis 1995 et organise des conférences soupçonnées de défendre le créationnisme. Jean Staune, secrétaire général de l'association, est proche des promoteurs du Dessein Intelligent aux États-Unis.

En juin 2007 un comité spécial du Conseil de l'Europe a préparé un dossier spécial sur les dangers du créationnisme dans l'éducation qui établit une liste d'organismes européens suspectés de faire la promotion du créationnisme.

Autres créationnismes des religions monothéistes

Le néocréationnisme musulman

Avec la percée des mouvements islamistes dans les années 1980, les arguments créationnistes d'origine chrétienne sont devenus populaires parmi les musulmans, notamment en Turquie, où ils sont disséminés par le mouvement Nurcu et le prédicateur Harun Yahya en Indonésie, en Malaisie et dans la diaspora musulmane européenne et nord-américaine.

Un Atlas de la Création rédigé par Harun Yahya et publié par l'éditeur turc Global Publishing en 2006[22] a été envoyé sans sollicitation par dizaines de milliers d'exemplaires à des écoles, des instituts et des chercheurs à travers l'Europe et les États-Unis en suscitant un certain émoi. Le concept du livre est de juxtaposer des photos de fossiles et des photos d'êtres vivant actuels leur ressemblant, afin de soutenir l'affirmation qu'il n'y a pas eu d'évolution au cours des âges. Le biologiste Richard Dawkins a pointé de nombreuses erreurs d'identification des fossiles, et l'utilisation de photos de leurres artificiels pour la pêche ressemblant à des fossiles anciens pour tenter de démontrer que cette espèce existait toujours sans aucun changement. Harun Yahya publie également des interviews et des documentaires créationnistes, en particulier sur internet.

Le créationnisme progresse en Turquie : les thèses créationnistes apparaissent dans les manuels scolaires et 75 % des lycéens turcs ne croient pas à la théorie de l'évolution[23]. Les expositions et les conférences créationnistes sont de plus en plus fréquentes. En 2008, la deuxième Cour criminelle de Paix turque a fait bloquer l'accès au site RichardDawkins.net du Professeur Richard Dawkins au motif que la phrase « Je suis incapable de réconcilier cette coûteuse et brillante production et l'ineptie à couper le souffle de son contenu » écrite par Dawkins en parlant de l’Atlas de la création aurait constitué une insulte à l'encontre de son auteur Adnan Oktar[24],[25],[26]. Selon le quotidien The Guardian, Oktar avait toutefois précédemment échoué dans une tentative de faire interdire l'ouvrage de Dawkins Pour en finir avec Dieu dans lequel le biologiste réaffirme sa conviction que la théorie de l'évolution est supérieure au créationnisme[27]. En mars 2009, un numéro de la revue du conseil de recherche scientifique et technique de Turquie (Tübitak) consacré à Charles Darwin a été censuré et la rédactrice en chef de la revue renvoyée[28].

Judaïsme et créationnisme

Le judaïsme présente un large éventail d'opinions sur la création, l'origine de la vie et le rôle de l'évolution dans celle-ci.

La majorité des courants théologiques du judaïsme contemporain, y compris beaucoup de groupes orthodoxes, acceptent le créationnisme évolutionnaire ou évolution théiste.

Entre le relativisme et le littéralisme absolu, une voie médiane pourrait se résumer à la formule du Rav Léon Askénazi : « Ce qui est écrit dans la Torah est certes schématique, mais non mythique ».
Cependant, même pour les scientifiques juifs orthodoxes qui cherchent à concilier les divergences entre Torah et Madda (Science), cette notion que la science et la Bible devraient être réconciliées avec les moyens scientifiques traditionnels est douteuse. Comme le disait le Maharal de Prague à son disciple David Gans, assistant de Tycho Brahe, elles ne se situent pas dans le même domaine, et il n'y a pas de contradiction à affirmer que les deux sont aussi vraies. Toutefois, la vérité de la Torah est immuable et éternelle, alors que la science est mouvante par essence. Si, d'aventure, un point épineux surgit, il est à imputer aux limites épistémologiques de l'époque. Ils insistent sur le fait que les écarts entre ce qui est attendu et ce qui est observé prouvent que les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent, et, de façon plus poétique, que la racine même du mot monde en hébreu — עולם (o•lam) — signifie « caché », « insaisissable ». Toutefois, lorsque science et Torah semblent converger, ils ne se fient pas davantage à ces théories de façon totale : celles-ci pourront être remises en doute, ainsi que leur compréhension de la Torah, mais non la Torah elle-même.
Certains croient que, de même qu'ils croient que Dieu créa l'homme, les arbres, la lumière venant des étoiles dans leur état « adulte » (certains interprètent plus allégoriquement, et estiment que la conscience d'être homme et d'avoir une âme ne vient qu'à l'âge « adulte »), de même le Monde fut créé « adulte », mais il n'y a, ni ne peut y avoir de moyen de le vérifier. Cette croyance a été avancée par le Rav Dr Dovid Gottlieb, ancien professeur de philosophie à l'université Johns-Hopkins.

Gerald Schroeder, physicien à l'université hébraïque de Jérusalem propose quant à lui un comput qui laisse la possibilité de réconcilier les 6 jours et 13 milliards d'années[29], en se basant sur la relativité d'Einstein, et Nathan Aviezer, de l'université Bar-Ilan, fait de même avec les premiers chapitres de la Genèse et l'évolution[30].

Les scientifiques face aux créationnismes

Guillaume Lecointre (p. 114)[31] juge nécessaire de rappeler : « le principe de parcimonie ou principe d'économie d'hypothèses, implique que lorsque nous faisons une inférence sur le monde réel, le meilleur scénario ou la meilleure théorie sont ceux qui font intervenir le plus petit nombre d'hypothèses ad hoc, c'est-à-dire non documentées ». Il écrit : « Les créationnistes, ne peuvent être scientifiques, car ils commettent de fréquentes entorses au contrat tacite [notamment au principe de parcimonie évoqué dans le § Rasoir d'Ockham] en guise de socle à toutes les sciences ». (p. 111)[31].

« Depuis la charnière XVIIe-XVIIIe siècles, nos inférences et hypothèses doivent faire référence à des entités que nous pourrons appréhender expérimentalement, tout de suite, ou à terme ; donc des entités naturelles ; cela est la condition scientifique moderne » (p. 120), « le registre des savoirs- qui sont du domaine public et donc potentiellement universels, dont la contestation doit être instruite et méthodologiquement caractérisée » (p. 125)[31].

Beaucoup de personnes ignorent que : « les [différentes] sphères de l'espace public [donc celui de la science] décrites par Caroline Fourest[32] [... ne peuvent pas être confondues avec] la sphère du sens et de la symbolique des pouvoirs publics et la sphère de liberté maximale (la sphère privée) » (p. 125). « La validation croisée des résultats scientifiques est un espace laïque au sens français du terme, sans que, pour autant, nous ne nous formulions les choses comme cela. Nos options métaphysiques restent aux vestiaires de nos laboratoires et n'interviennent pas dans nos comptes rendus d'expériences » (p. 127)[31].

Bruno Latour confie que « [les conditions de...et le contrat tacite de] la recherche n'est pas au programme des formations scientifiques » (p. 93)[33]. Guillaume Lecointre pense qu'« il serait temps d'enseigner aux futurs chercheurs une explication de leur contrat tacite, autant dans ses attendus épistémologiques que dans ses composantes sociologique, économique et politique. » (p. 129)[31].

Pierre Bourdieu : « Puisque les savants sont censés produire de la vérité sur le monde[... il leur faut] restituer les acquis de la science dans les domaines où ces acquis pourraient contribuer de manière positive à résoudre des problèmes qui ont accédé à la conscience publique. Mais la fonction la plus utile, en plus d'un cas, serait de dissoudre les faux problèmes ou les problèmes mal posés. [... À la télévision,] les faux philosophes [... prennent ] au sérieux les faux problèmes [scientifiques proposés dans l'émission].[... ⇒] il faudrait des commandos d'intervention philosophique rapide pour détruire les faux problèmes [scientifiques], pour faire du Wittgenstein dans la vie de tous les jours et spécialement dans les médias » (p. 71). La sociologie ? un sport de combat ? ! "Face à la TV, il faudrait une sorte de mouvement de résistance civique [...] contre l'imposition généralise de problématiques [aller voir directement les qualificatifs évoqués !] (p. 76)[34].

Guillaume Lecointre pense utile de rappeler : Les connaissances empiriques, universellement testables, constituent la partie de nos savoirs qui unissent les hommes, et c'est pour cela qu'elles sont politiquement publiques (p. 130). « On peut mettre cette posture [les options métaphysiques sont personnelles et politiquement privées : La laïcité au sens français du terme] au nom d'un priorité donnée dans le champ public au droit à l'indifférence (ici métaphysique) sur le droit à la différence selon une formule présentée par Caroline Fourest » (p. 239)[32] (p. 130). « Sur un plan plus politique qu'épistémologique, la meilleure arme contre le créationnisme reste la laïcité française [... + ] les différentes sphères de contraintes et de libertés [...] » (p. 133 ). En conclusion : « Expliciter vers le public le périmètre des méthodes qui caractérisent le[.] métier [de chercheur], et écrire vers le public pour expliquer pourquoi et comment les créationnistes philosophiques utilisent les sciences à d'autres fins que les leurs » (p. 134)[35].

Le créationnisme dans l'Occident anglophone depuis le XXe siècle

Dans l'Occident anglophone, aux États-Unis surtout, les idées créationnistes chrétiennes littéralistes ont résisté aux idées scientifiques sur l'évolution. Le créationnisme littéraliste américain s'est propagé depuis le sud agricole de la Bible Belt pour atteindre les couches diplômées de la population des États du Nord, et en Australie. Elles ont été à l'origine de plusieurs procès.

Le terrain d'affrontement entre le créationnisme littéraliste et l'« évolutionnisme » se porta principalement sur l'enseignement scolaire, et donc le domaine législatif et judiciaire le contrôlant. Le débat s'étendit à l'opinion publique via les médias en conséquence des affaires judiciaires qui eurent lieu.

Le créationnisme dans le monde

En 2011, l'institut français IPSOS réalise un sondage pour l'agence de presse Reuters[36] sur la position de la population de 24 pays sur le créationnisme et l'évolutionnisme.

Pays Créationnistes
%
Évolutionnistes
%
Sans opinion tranchée
%
Arabie saoudite 75 7 18
Turquie 60 19 21
Indonésie 57 11 32
Afrique du Sud 56 18 26
Brésil 47 22 31
États-Unis 40 28 32
Russie 34 26 40
Inde 33 39 28
Mexique 32 34 34
Argentine 26 37 38
Pologne 25 38 37
Corée du Sud 24 41 35
Canada 22 45 33
Italie 21 40 39
Australie 15 51 34
Hongrie 13 55 33
Allemagne 12 65 23
Grande-Bretagne 12 55 34
Chine 11 64 25
Espagne 11 53 37
Japon 10 60 30
Suède 10 68 21
France 9 55 36
Belgique 8 61 31
Total 28 % 41 % 31 %

La bataille sur l'enseignement du créationnisme aux États-Unis

Creationist car
Voiture d'un créationniste militant aux États-Unis : « L'évolution ? Les fossiles disent non ! / L'évolution est un conte de fées pour adultes. / Que Dieu bénisse l'Amérique ! »

Si, en Europe, les programmes scolaires enseignent l'évolution comme une théorie scientifique reconnue, il existe aux États-Unis, depuis les années 1920, une vive opposition manifestée par les tenants du créationnisme littéraliste, souvent d'obédience religieuse.

À partir de 1920, un mouvement soutenu par William Jennings Bryan milita pour que l'interdiction de l'enseignement de la théorie de l'évolution des espèces fasse l'objet d'un amendement de la Constitution des États-Unis. Le mouvement n'aboutit pas au niveau fédéral, mais en 1925, 15 États américains sur 48 interdirent l'enseignement de la théorie de l'évolution.

Depuis la fin du XXe siècle, le créationnisme littéraliste est délaissé en faveur du dessein intelligent (Intelligent Design). Il est considéré comme un créationnisme masqué[37].

Cette interdiction d'enseignement fut mise en cause devant la justice lors du procès du singe, mais ne fut abolie qu'en 1967 lorsqu'elle fut déclarée anticonstitutionnelle, en opposition au premier amendement de la Constitution des États-Unis garantissant la liberté religieuse et la liberté d'expression.

L'institut de recherche Pew aux États-Unis a réalisé en juillet 2005 un sondage montrant que 64 % des Américains étaient favorables à l'enseignement du dessein intelligent en plus de la théorie de l'évolution et que 38 % ne voulaient pas que la théorie de l'évolution soit enseignée dans les écoles publiques. C'est à cette période qu'est apparu le pastafarisme, courant rejetant l'enseignement du créationnisme. Un autre sondage mené fin 2007 par le journal des sociétés de biologie américaines (FASEBJ) affirme que 61 % des Américains sont d'accord avec le concept d'évolution. 29 % des sondés estiment que la vie a été créée sous sa forme actuelle[38].

Toujours en 2005, plusieurs familles de Pennsylvanie ont porté plainte contre un conseil scolaire qui avait décidé que l'on présente le dessein intelligent. Le tribunal fédéral de Harrisburg leur a donné raison dans un arrêt du rendu par le juge John Jones, qui a estimé que l'enseignement du « dessein intelligent » était inconstitutionnel, parce qu'il se basait sur des convictions religieuses et non sur des preuves scientifiques[38].

En 2007-2008, l'Institut de médecine (Institute of Medicine) et l'Académie nationale des sciences américaine (United States National Academy of Sciences) s'opposent fermement au créationnisme dans un livre intitulé Science, evolution and creationism[38].

La portée officielle du créationnisme est aujourd'hui délaissée au profit des théories de l'intelligent design. Plus aucun État américain n'a inscrit dans son programme l'enseignement à parité du créationnisme et de l'évolution, mais les écoles privées jouissent encore d'une liberté à ce sujet.

Créationnisme en Europe

Dans les années 2000, l'enseignement du créationnisme progresse dans les établissements d'Allemagne, des Pays-Bas, de Russie, de Suède et de Pologne[39]. Dans plusieurs pays européens, de plus en plus d'étudiants s'opposent à l'enseignement de l'évolution en cours[39].

Letizia Moratti, ministre italien de l'éducation avait signé en février 2004 un décret interdisant l'enseignement de l'évolution au collège[39]. Il fut finalement retiré sur pression des scientifiques du pays. Un sondage effectué au début de 2006 par la chaîne BBC révèle que près de 40 % des personnes interrogées veulent que le créationnisme soit enseigné en cours de science au Royaume-Uni[39].

En février 2007, en France, l'Atlas de la Création d'Harun Yahya, un ouvrage créationniste de plus de huit cents pages, est envoyé en grand nombre à différentes instances du ministère de l'Éducation nationale (rectorats, bibliothèques, centres d'information pédagogiques, enseignants). Selon différents organes de presse, cet envoi était suffisamment massif pour que le ministère de l'Éducation nationale diffuse un message d'alerte afin de mettre en garde les destinataires envers une action qui présente un fort caractère de propagande et de prosélytisme. Selon l'éditeur Global, 2 000 exemplaires de l'Atlas ont été envoyés en France et en Belgique[40]. Fin mars 2007, la presse de Suisse romande se fait, à son tour, l'écho d'une action similaire à destination, là aussi, du système éducatif public du pays[41]. Adnan Oktar revendique avoir vendu 1,5 million d'ouvrages dans le monde en 2007[42].

En juin 2007, le Conseil de l'Europe a reçu un Rapport sur les dangers du créationnisme dans l'éducation qui précisait que « Le créationnisme dans aucune de ses formes, telles que la théorie de l'intelligent design, n'est pas basé sur des faits, n'utilise pas de raisonnement scientifique et son contenu est désespérément inadapté aux classes scientifiques »[43]. et proposait un projet de résolution. La résolution correspondante a été adoptée le [44].

En Suisse, plusieurs associations militent contre la théorie de l'évolution et pour une lecture littérale de la Bible :

  • le Centre biblique européen, fondée en 1983 à Vuarrens.
  • l'Alliance Pierres Vivantes, fondée en 1986 à Siviriez.
  • l'association Création Bible Science, fondée en 1987 à Vevey[45],[46].

En juin 2014, le Royaume-Uni interdit l’enseignement du créationnisme dans toutes les écoles à financement public[47].

Les procès

Le procès du singe

Le plus connu de ces affrontements judiciaires fut le procès du singe, qui s'est déroulé en 1925, dans le Tennessee. Le , l'État du Tennessee mit en place le Butler act qui déclare qu'« il est illégal pour tout enseignant de toute université, école normale et toutes les autres écoles publiques de l'État [...], d'enseigner toute théorie qui nie l'Histoire de la Création Divine de l'homme comme enseigné dans la Bible, et d'enseigner à la place que l'homme est descendu d'un ordre inférieur des animaux[48]. »

Le Butler act n'interdisait pas l'enseignement de l'évolution génétique des autres espèces que l'homme, de la géologie, de la création de l'univers selon les connaissances scientifiques de l'époque, et il n'obligeait pas à l'enseignement de la création selon la Bible. L'unique interdit était d'enseigner que l'homme évolue ou toute autre théorie reniant la création de l'homme par Dieu tel qu'exposé par la Bible.

L'Union américaine pour les libertés civiles passe par les petites annonces pour trouver un professeur acceptant d'enfreindre la loi en enseignant que l'homme a évolué selon la théorie de Darwin. Un jeune professeur de sciences naturelles de 24 ans de la ville de Dayton, John Thomas Scopes, se porte volontaire. Avec le soutien de l'ACLU, il a recours à une procédure qui permet à un citoyen condamné de faire appel devant la Cour suprême de l'État qui examine alors si la loi en vigueur est constitutionnelle ou non. En s'appuyant sur le premier amendement de la Constitution des États-Unis, l'ACLU espère que la Cour Suprême juge ainsi le Butler Act anticonstitutionnel[49]. The Nation parle d'un « retour aux jours de l'Inquisition. » Le journaliste H. L. Mencken publia nombre d'articles sur ce procès dans le Baltimore Sun, dénonçant le puritanisme américain. De son côté, la communauté scientifique s'est peu mobilisée au cours de l'affaire[49].

John Thomas Scopes perdit et fut condamné à une légère amende, mais le procès fut fortement médiatisé. L'ACLU considéra avoir remporté une victoire médiatique, car l'opinion publique fut sensibilisée à la question et se montra en grande partie favorable à Scopes. Mais le Butler act fut déclaré conforme à la constitution, et l'interdiction se maintint jusqu'en 1967. De plus, le sujet de l'évolution fut jugé trop politiquement sensible, et les éditeurs de livres scolaires retirèrent la théorie de Darwin et l'évolution de l'homme de leurs ouvrages.

En 1967, un enseignant se plaignit que le Butler act violait son droit à la liberté d'expression et la séparation de l'Église et l'État. Craignant un nouveau procès médiatique, les progrès scientifiques soutenant la théorie de l'évolution et en conséquence l'évolution des mentalités dans l'opinion publique, l'État du Tennessee abrogea le Butler act.

Australie

L'un de ces procès célèbres voit s'affronter des fondamentalistes protestants australiens, notamment John Mackay et Ian Plimer, professeur de géologie à l'université de Melbourne. Accompagnant le mouvement américain, l'État du Queensland autorise, au début des années 1980, l'enseignement du créationnisme en tant qu'hypothèse scientifique. John Mackay est invité à donner des conférences dans les écoles publiques et les universités du Royaume-Uni[21].

L’intelligent design au procès Kitzmiller v. Dover Area School

Au cours de l'année 2004, le conseil d'éducation de la région de Dover, Pennsylvanie, ajouta un ensemble de déclarations pro-créationnistes au sein du cursus de biologie. Notamment, les professeurs étaient dans l'obligation de lire une mise en garde à saveur créationniste avant d'aborder la théorie de Darwin. Les étudiants devaient obligatoirement être informés de la présence d'un livre à la bibliothèque de l'école, Of Pandas and People. Ces livres, achetés par une église locale et donnés aux écoles de la région, présentaient une version adoucie du créationnisme ; les termes « création » et « créationnisme » ayant été systématiquement remplacés par « design » et « partisans du dessein intelligent ».

Prévoyant d'éventuelles poursuites judiciaires, la commission scolaire fit appel au soutien juridique Thomas More Law Center (en), organisme qui s'affiche comme « la réponse chrétienne à l'ACLU »[50]. Le conseil scolaire fit également appel au Discovery Institute, lobby créationniste basé à Seattle.

Un consortium s'organisa rapidement afin de contrer ces mesures introduisant le religieux dans le cursus scientifique. En décembre 2005 s'ouvrait le procès opposant le conseil d'éducation de la région de Dover à un groupe de parents d'élèves ayant pour porte-parole Tammy Kitzmiller. Kitzmiller et al. étaient de leur côté appuyés par le National Center for Science Education ainsi que l'ACLU.

Parmi les témoins experts de la défense, on pouvait compter notamment les créationnistes William Dembski, Micheal Behe et Stephen Meyer. Cependant, à la suite du retrait du Thomas Moore Law Center, la plupart des témoins-expert de la défense ne se présentèrent pas au tribunal.

Les témoins de l'accusation, dont la philosophe des sciences Barbara Forest[51], parvinrent à démontrer que ce « dessein intelligent » était bel et bien du créationnisme et avait des motivations religieuses. La fuite dans Internet du Wedge Document, pamphlet à saveur théocratique publié à l'interne par le Discovery Institute n'aida guère la cause de la défense, qui soutenait de son côté que le Dessein Intelligent est une théorie scientifique non-religieuse et alternative à l'évolutionnisme.

En décembre 2005, le juge conservateur Jones accorda gain de cause à Kitzmiller et al[52].

Créationnisme et politique

Le créationnisme littéraliste étant un mouvement qui défend des certitudes ancrées dans la lecture littérale des textes religieux, il se trouve fréquemment opposé à la science dont les recherches et les découvertes ne cessent de remettre en question ce qui semble acquis. De ce fait, le créationnisme se retrouve souvent, sur l'échiquier politique, du côté des groupements les plus conservateurs de chaque pays, d'autant que son interprétation ne concerne pas seulement le passé de la Terre et de la vie, mais aussi les ancêtres de l'Homme et l'organisation sociale.

Notes et références

  • Bill Gladstone, « Let there be plasma soup: Genesis, Chapter 1: Torah and modern physics said to be in agreement », National Post, 7 mars 2001.
  1. Jean-François Catalan, Jean-Marie Moretti, La Foi devant la science, Desclée De Brouwer, , p. 53
  2. Creationism, définition sur le site de la Stanford Encyclopedia of Philosophy
  3. Creationism, dictionnaire Merriam-Webster en ligne
  4. What is creationism?, site du British Centre for Science Education
  5. Cf., entre autres, saint Thomas d'Aquin, Somme de Théologie, Ia pars, q. 46, a. 2.
  6. Luc Perino. Darwin viendra-t-il ? ed Le Pommier, 2008
  7. Guillaume Lecointre, Evolution et créationnismes, Département "Systématique et évolution", Muséum national d'histoire naturelle, Paris.
  8. Origène était abondamment lu pendant la Renaissance, et Érasme disait : « En fait de théologie, après les Saintes Écritures, rien de mieux à lire qu'Origène. »
  9. Typologie des créationnismes
  10. C'est-à-dire, en conséquence, l'inerrance verbale de la Bible
  11. Émile Poulat, École des Hautes Études en Sciences, sociales (Paris), Comment lire la Bible, p. 217-234, dans Les retours aux Écritures. Fondamentalismes présents et passés. Édité par Évelyne Patlagean et Main Le Boulluec, Peeters, Louvain et Paris, 1993, 225.
  12. Pierre Lathuilière, Le fondamentalisme catholique. Signification et ecclésiologie, Cerf, Paris, 1995, 334 pages, p. 199
  13. Glossaire de l'Église catholique de France
  14. Luc Chartrand, La Bible au pied de la lettre, Le fondamentalisme questionné, Mediaspaul, 1995
  15. texte en ligne
  16. William E. Evenson and Duane E. Jeffrey (2005). Mormonism and Evolution: The Authoritative LDS Statements (Salt Lake City, Utah: Greg Kofford Books) p. 35 states that the entry on evolution in the Encyclopedia of Mormonism was approved by Apostles Neal A. Maxwell and Dallin H. Oaks.
  17. « les textes expliquent pourquoi l'homme a été créé, mais ils ne disent pas comment ; cependant, le Seigneur a promis qu'il le dira quand il reviendra ». "Evolution" in Daniel H. Ludlow (ed.) (1992). Encyclopedia of Mormonism (New York: Macmillan) 2:478.
  18. William E. Evenson and Duane E. Jeffrey (2005). Mormonism and Evolution: The Authoritative LDS Statements (Salt Lake City, Utah: Greg Kofford Books) (ISBN 1-58958-093-1).
  19. Avec les pèlerins du Grand Canyon Reportage, le figaro.fr
  20. Jean-Pierre Stroobants, « En Belgique, le combat contre le créationnisme s'organise », dans Le Monde du 08-02-2008, [lire en ligne]
  21. Michel Alberganti, Le jeu de masques du néocréationnisme français, Le Monde, (lire en ligne)
  22. (en) Enserink, Martin (2007), Faith and Science: In Europe's Mailbag: A Glossy Attack on Evolution, Science 315 (5814): 925a.
  23. D'après un sondage effectué par l'Académie des Sciences turque ; lire Guillaume Perrier, « Les thèses créationnistes gagnent du terrain en Turquie », dans Le Monde du 9 février 2007
  24. le 19 septembre 2008, Le site de Richard Dawkins interdit en Turquie après qu'un musulman créationniste se soit déclaré “insulté” bivouac-id.com/
  25. (en) Erol ÖNDEROĞLU, « Creationist Adnan Oktar Gets Another Site Banned », dans Info-Türk de nov. 2008
  26. (en) Dawkins website banned in Turkey - A Muslim creationist told Istanbul courts the site was "blasphemous" in content The Times Online 19 septembre 2008
  27. (en) Missing link: creationist campaigner has Richard Dawkins' official website banned in Turkey, guardian.co.uk, 19 septembre 2008
  28. Guillaume Perrier, « Des créationnistes turcs envoient Darwin au pilon », dans Le Monde du 14 mars 2009, [lire en ligne], mis en ligne le 13-03-2009
  29. L'Âge de l'univers par le Dr Gerald Schroeder
  30. Dr Nathan Aviezer, Au commencement. Création biblique et science, éditions MJR, (ISBN 2-88321-016-0).
  31. Lecointre Guillaume, Les sciences face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs., Versailles, QUAE, , 172 p. (ISBN 9782759216864)
  32. Fourest Caroline, La dernière utopie. Menaces sur l'universalisme, Paris, Grasset Fasquelle, , 288 p. (ISBN 9782246709718), § distinguer les sphères de contraintes et de libertés p 272 à p 280
  33. Le métier de chercheur,
  34. Bourdieu Pierre, Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie du champ scientifique, Paris, QUAE Inra Editions, , 80 p. (ISBN 9782738007933)
  35. Lecointre Guillaume, Les sciences face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs., Versailles, QUAE, , 172 p. (ISBN 9782759216864)
  36. « Ipsos Global @dvisory: Supreme Being(s), the Afterlife and Evolution » et [1]
  37. Thierry Lodé La Guerre des sexes chez les animaux Eds O Jacob, Paris, 2006
  38. Christiane Galus, « L'Académie des sciences américaine part en guerre contre le créationnisme », dans Le Monde du 07-01-2008, [lire en ligne]
  39. Catherine Vincent, « Le créationnisme étend son influence en Europe », dans Le Monde du 18-11-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 17-11-2008
  40. Guillaume Perrier, « Les thèses créationnistes gagnent du terrain en Turquie », dans Le Monde du 09/02/2007, [lire en ligne]
  41. Rachad Armanios, « La propagande créationniste débarque en Suisse romande », dans Le Courrier du 28/03/2007, [lire en ligne]
  42. Guillaume Perrier « Le leader d'un mouvement créationniste turc condamné à trois ans de prison ferme », dans Le Monde du 14-05-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 13-05-2008
  43. Rapport sur les dangers du créationnisme dans l'éducation
  44. Conseil de l'Europe, résolution 1580 (2007)
  45. Créationnistes: A l'assaut de la Suisse, Julie Zaugg, L'Hebdo, 03/02/2010.
  46. dossier de l'Hebdo
  47. « British Government Finally Bans Creationism From Free Schools And Academies In Secular Triumph »
  48. « it shall be unlawful for any teacher in any of the Universities, Normals and all other public schools of the State which are supported in whole or in part by the public school funds of the State, to teach any theory that denies the Story of the Divine Creation of man as taught in the Bible, and to teach instead that man has descended from a lower order of animals. », (en) Butler Act
  49. Pascal Picq, Lucy et l'obscurantisme, éd. Odile Jacob, avril 2007, p.158-160.
  50. http://www.thomasmore.org/default-sb_thomasmore.html?775653593
  51. http://www.talkorigins.org/faqs/dover/day6am.html
  52. http://en.wikisource.org/wiki/Kitzmiller_v._Dover_Area_School_District_et_al.

Annexes

Bibliographie

  • Jacques Arnould, Dieu versus Darwin : les créationnistes vont-ils triompher de la science ? Paris, Albin Michel, 2007.
  • Jacques Arnould, Les créationnistes. Paris, Ed. du Cerf, collection « Bref 52 », 1996.
  • Olivier Brosseau et Cyrille Baudouin, Les créationnismes. Une menace pour la société française ?, Paris, Syllepse, 2008 [épuisé].
  • Olivier Brosseau & Cyrille Baudouin, Enquête sur les créationnismes. Réseaux, stratégies et objectifs politiques, Paris, Belin, 2013 / site lié au livre.
  • Paul Clavier (2012), Qu'est-ce que le créationnisme ?, Paris, Vrin, 2012.
  • Stephen Jay Gould, Et Dieu dit : Que Darwin soit ! : Science et religion, enfin la paix ? , préface de Dominique Lecourt, Paris, Seuil, 2000.
  • Cédric Grimoult, Mon père n'est pas un singe. Histoire du créationnisme, Paris, Ellipses, 2008.
  • Guillaume Lecointre, Les sciences face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs, éditions Quae, (lire en ligne)
  • Dominique Lecourt, L'Amérique entre la Bible et Darwin, suivi de Intelligent design : science, morale et politique'' (1992, 3e réed. Quadrige/PUF, 2007).
  • Dominique Lecourt, Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences, Paris, PUF, 1999, 4e réed. « Quadrige », 2006.
  • Pascal Picq (2007) Lucy et l'obscurantisme, Paris, Odile Jacob, 2007.
  • Patrick Tort, Darwin et la Religion, Paris, Ellipses, 2011.

Articles connexes

Sur l'interprétation de la Genèse

Sur la Relation entre science et religion

Sur la théorie de l'évolution

Autres

Liens externes

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Cause première

En métaphysique, depuis les philosophes présocratiques et en particulier à partir d'Aristote, la Cause première ou le Premier Principe, aussi appelé Arkhè (ce qui signifie principe), est la première de toutes les causes, c'est-à-dire la plus ancienne ou la plus profonde, celle responsable de l'ordre de l'univers. En philosophie scolastique, selon le raisonnement dit de causalité ou cosmologique, ce concept peut être également assimilé à Dieu.

Cosmologie religieuse

Une cosmologie religieuse est une représentation sociale proposée par une religion concernant le monde accessible aux êtres humains.

Historiquement, jusqu'au XVIIIe siècle, l'ensemble du domaine de la cosmologie était intégré à la « métaphysique spéciale » (voir par exemple la classification de Christian Wolff en 1729 et l'article ontologie (philosophie)).

Aujourd'hui, Les cosmologies « religieuses » n'ont plus vocation à décrire la structure physique et chimique de l'univers d'une façon scientifique, les religions considérant qu'une telle entreprise relève de la responsabilité des scientifiques. Les religions, sur la base de leurs écrits et traditions, décrivent seulement les principes selon lesquels leurs fidèles sont invités à se représenter le monde dans lequel ils vivent, afin de « bien » se comporter avec leurs semblables[réf. nécessaire].

Les religions, telles qu'elles ont évolué jusqu'à aujourd'hui, ne contestent généralement pas telle ou telle théorie cosmologique (Big Bang, univers en expansion, ...). Cependant, certains mouvements religieux persistent à nier les théories scientifiques sur l'univers, affirmant s'en tenir à une lecture littérale des passages bibliques concernant les descriptions cosmologiques. Cela s'appelle le créationnisme.

En revanche, les représentants des grandes religions et de certaines spiritualités considèrent généralement, d'un point de vue symbolique, qu'il existe une cause première à l'origine de la vie, qu'elles nomment Dieu ou d'une autre appellation.

Création (Bible)

Les récits de la création (hébreu : מעשה בראשית maassè Bereshit) inaugurent le livre de la Genèse, premier du corpus de la Bible.

D’après le premier récit (Genèse 1:1-2:3), une entité dénommée Elohim en hébreu et Deus en latin, crée les cieux et la terre, les ordonnant progressivement pour y installer l’Adam, un mâle et une femelle qu’il a créés à son image afin de régenter sa création. Dans le second (Genèse 2:4-25), l’Adam, dont le corps est fait de poussière de la terre tandis que son âme lui a été littéralement insufflée par l’entité que la Bible appelle cette fois YHWH, est placé dans le jardin d’Eden qu’il a pour fonction de cultiver. Il nomme les animaux mais ne trouve pas de compagne pour lui, et celle-ci est façonnée à partir de l’un de ses côtés.

La version biblique du récit originel présente une optique résolument monothéiste qui fonde la pensée religieuse du judaïsme et du christianisme. Elle informe de ce fait la conception du monde par l’occident jusqu’à l’ère moderne, et la révolution scientifique qui semble infirmer tout ou partie de ses données ; d’aucuns décident alors d’ignorer les découvertes de la science ou ses conclusions, donnant naissance à diverses écoles professant le créationnisme ou le déni des théories sur l’évolution. L’évolution de l’exégèse biblique au XIXe siècle donne lieu à un autre débat entre les lecteurs traditionnels de la Bible — qui tiennent les premiers chapitres du livre de la Genèse pour un récit historiquement avéré ainsi qu’une preuve concrète de la révélation divine car ils n’auraient jamais pu être connus des hommes autrement — et les « modernes » qui n’y voient que des contes, constitués par les Israélites en réponse aux mythes mésopotamiens.

Créationnisme Jeune-Terre

Le créationnisme Jeune-Terre est la forme la plus stricte du créationnisme, qui interprète la Bible comme un livre de sciences naturelles et d’histoire, véhiculant la croyance selon laquelle le récit de la création de l’univers tel que fourni par les textes religieux, donne une description littéralement et scientifiquement exacte de l’origine de l’Univers.

Darwinisme

Le darwinisme désigne, en son sens strict, la théorie formulée en 1859 (dans L'origine des espèces) par le naturaliste anglais Charles Darwin, qui explique « l'évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale ».

Il est aussi relativement courant d'entendre parler d'évolution darwinienne, pour parler de l'évolution autonome d'un pool quelconque (population et distribution de caractères) sur plusieurs générations.

Dessein intelligent

Le dessein intelligent (intelligent design en anglais) est une théorie pseudo-scientifique,, qui prétend que « certaines observations de l'Univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une cause « intelligente » que par des processus non dirigés tels que la sélection naturelle. » Cette thèse a été développée par le Discovery Institute, un cercle de réflexion conservateur chrétien américain. Le dessein intelligent est présenté comme une théorie scientifique par ses promoteurs mais, dans le monde scientifique, il est considéré comme relevant de la pseudo-science, par des arguments aussi bien internes à la biologie (les promoteurs du dessein intelligent apparaissant aux biologistes comme ne tenant pas compte de nombreuses observations) qu'épistémologiques (en particulier le critère de réfutabilité de Karl Popper).

La plupart des commentateurs et des scientifiques y voient une résurgence du créationnisme, dissimulée sous une apparence de scientificité ; le biologiste britannique Richard Dawkins le désigne même comme un « créationnisme affublé d'un costume bon marché ». Le dessein intelligent est désormais classé aux États-Unis dans les théories néo-créationnistes, en particulier à la suite de la publication du Wedge document.

Le dessein intelligent ne s'applique qu'au domaine de la biologie, et ne traite pas de l'origine de l'Univers. Ainsi, il ne doit pas être confondu avec le principe anthropique. Les principaux acteurs du mouvement du dessein intelligent acceptent un Univers âgé de plus de 13 milliards d'années et la théorie du Big Bang, avec pour opinion personnelle qu'il est causé par le Dieu de la Bible, mais rejettent le mécanisme de mutation aléatoire couplé à une sélection naturelle comme moteur de l'apparition de nouvelles espèces. William Dembski, l'un des principaux fondateurs du concept du dessein intelligent, reconnaît l'existence de preuves solides pointant vers un ancêtre commun à toutes les espèces vivantes et se déclare ouvert à cette idée, tandis que des publications du Discovery Institute remettent en question ce point ou le rejettent, en usant principalement de l'interprétation créationniste de l'explosion cambrienne.

Faux dilemme

Le faux dilemme, appelé aussi exclusion du tiers, fausse dichotomie ou énumération incomplète, est un raisonnement fallacieux qui consiste à présenter deux solutions à un problème donné comme si elles étaient les deux seules possibles, alors qu'en réalité il en existe d'autres.

Fixisme

Le fixisme est une hypothèse aujourd'hui abandonnée par la communauté scientifique selon laquelle il n'y a pas plus de transformation des espèces végétales ou animales, que de modification de l'Univers depuis sa création. Elle suppose que le monde dans lequel l'homme vit est stable (créationnisme) ou revient toujours dans le même état selon des cycles (fixisme cosmologique qui transparaît dans la pensée grecque, hindoue, chinoise et égyptienne).

Le créationnisme est une résurgence du fixisme, motivé essentiellement par des considérations religieuses. Mais il se concentre sur l'explication des origines (alors que le fixisme ne s'en préoccupe pas), et s'oppose à certaines théories de l'évolution (alors que le fixisme est antérieur à ces théories).

Généalogie dans la Genèse

La Bible hébraïque (ou Ancien Testament), contient un grand nombre d'énumérations, de dénombrements, de généalogies. Certains des personnages y sont attestés par l'histoire des peuples voisins. C'est le cas d'une partie des personnages des livres des Rois (I et II) et des Chroniques (I et II). D'autres ne recueillent à ce jour aucun témoignage extra-biblique, et sont donc une question adressée aux historiens et archéologues, et/ou une affaire de foi.

Ainsi, on trouve dans le livre de la Genèse beaucoup de personnages au sujet desquels on ne sait rien de plus que le nom de leurs ascendants et descendants, l'âge de leur accession à la paternité et le nombre d'années de cette paternité jusqu'à leur mort; les mariages ne sont pas mentionnés, la liste des enfants contient rarement des filles, souvent seulement le fils aîné, etc. Peut-on rapprocher ces recensements du travail fait par les registres d'églises ou les recensements civils (pratiqués également dans l'Antiquité, en Israël ou Rome par exemple) ?

Une étude des genres littéraires de ces textes bibliques permet aussi d'interpréter ces généalogies de manière non historique (au sens actuel de ce mot), mais soit géographique (dire la « parenté » entre voisins), soit plutôt théologique. La foi ne consiste pas forcément, alors, à « croire que ça s'est passé comme ça », mais aussi à chercher le message que l'auteur du livre veut faire entendre à ses lecteurs. Par exemple, les noms équivalents dans les descendants de Caïn (le fils aîné d'Adam et Ève) et de Seth (le troisième fils, ancêtre de Noé) laissent entendre que c'est la même humanité qui est coupable et passible de mort (le Déluge), mais aussi susceptible de vivre de la grâce de Dieu (l'arche et la nouvelle création).

Quoi qu'il en soit, ces listes permettent de suivre pas à pas la descendance d'Adam et Ève jusqu'aux derniers des rois et grands-prêtres de l'ancien Israël. Ces listes ont aussi été utilisées pour faire le travail inverse et définir l'âge de l'humanité. On peut ainsi noter que Hillel II, président du Sanhédrin au IVe siècle, les utilisa pour fixer l'origine du Calendrier hébreu à la date supposée de la création du monde.

Si l'on tient à lire ainsi, « littéralement », les textes, on peut alors regretter que deux versions différentes des généalogies existent selon le texte biblique utilisé: texte grec (la Septante traduite d'un original hébreu à Alexandrie au IIIe siècle av. J.-C.) ou texte hébreu massorétique (déjà attesté au Ier siècle av. J.-C.). L'écart entre les séries de généalogies y est souvent de 100 ans. Parfois la même édition porte aussi deux généalogies discordantes dans deux livres bibliques différents...

Historique des critiques des théories de l'évolution

En tant que théorie scientifique, la théorie darwinienne de l'évolution des espèces par sélection naturelle fait l'objet de diverses critiques. L'idée d'évolution biologique est souvent rejetée car elle s'oppose à une vision spirituelle de l'homme, le présentant comme le simple résultat du hasard, obéissant uniquement à des lois mécaniques et matérielles, et non le résultat d'un dessein, où l'homme pourrait trouver du sens. En particulier par des religieux qui refusent l'idée d'évolution par fidélité à certains textes sacrés, comme la Bible. Ceux qui ne veulent considérer que la création dite "ex nihilo", sans considérer aucune évolution des espèces, lui préfèrent le créationnisme. D'autres acceptent l'idée d'évolution mais refusent l'idée, inspirée de Darwin, que les mécanismes principaux en soient les mutations et la sélection naturelle, théorie désignée sous le nom de « darwinisme », et avancent que l'évolution serait pour certains dirigée (orthogenèse), ou pour d'autres orientée vers une complexification croissante notamment par les contraintes et facteurs internes des organismes (conformément aux vues de Jean-Baptiste de Lamarck sur la question).

D'autres auteurs encore critiquent les conséquences idéologiques d'une « utilisation » (ou d'un détournement) de la théorie darwinienne de l'évolution, qui n'est selon eux, qu'une projection sur le monde naturel du fonctionnement de l'économie capitaliste, servant en retour à présenter celle-ci comme naturelle.

Immanentisme

Immanentisme provient de immanence, mot qui entre en corrélation avec "transcendantalisme" et "transcendance". "Immanent" signifie "contenu à l'intérieur", en corrélation avec "au-delà".

L'immanentisme, envisagé avec ou séparément du transcendantalisme peut prendre la forme d'une doctrine philosophique postulant que la matière est incréée. La nature possède en elle-même les ressources de son propre changement, sans intervention extérieure. Cette doctrine s'oppose au créationnisme qui postule que la matière (le monde naturel) trouve son origine dans un acte créateur qui lui est extérieur. Le créationnisme, défini ici dans son acception philosophique, est parfois doublé d'un créationnisme scientifique.

Les dangers du créationnisme dans l'éducation

Les dangers du créationnisme dans l’éducation est un texte d’octobre 2007 qui a fait l’objet d’une résolution par le Conseil de l’Europe. Même s’il n’a pas force de loi – les textes adoptés par le Conseil de l’Europe n’ont qu'une portée déclarative, bien que normative –, il s’agit du premier texte officiel et à portée aussi large traitant du créationnisme en Europe. Il pourra servir de base pour les travaux des gouvernements nationaux ou locaux en Europe s’ils cherchent à statuer sur le créationnisme dans les programmes d’éducation ou tout autre moyen de communication.

Livre de la Genèse

Le Livre de la Genèse (en hébreu ספר בראשית Sefer Bereshit, en grec Βιϐλίον της Γενέσεως / Biblíon tês Généseôs, en latin Liber Genesis) est le premier livre de la Bible. Ce texte est fondamental pour le judaïsme et le christianisme.

Récit des origines, il commence par la création du monde, œuvre de Dieu, suivie d'une narration relatant la création du premier couple humain. Adam et Ève, forment ce premier couple mais désobéissent et sont exclus du jardin d'Éden. Dieu détruit alors l'humanité par le Déluge, dont seuls Noé et sa famille sont sauvés. Enfin, Dieu différencie les langues et disperse l'humanité sur la surface de la Terre, lors de l'épisode de la tour de Babel. L'essentiel de la Genèse est ensuite consacré aux cycles d'Abraham, de Jacob et de Joseph.

La Genèse est anonyme, tout comme les autres livres de la Torah (Pentateuque). Les traditions juives et chrétiennes l’attribuent à Moïse, mais les recherches exégétiques, archéologiques et historiques tendent, au vu des nombreux anachronismes, redondances et variations du texte, à remettre en cause l’unicité de son auteur. Ainsi, la Genèse représente, pour l'exégèse historico-critique du XXIe siècle, la compilation d’un ensemble de textes écrits entre les VIIIe et IIe siècles av. J.-C.. Pour cette raison, entre autres, l'historicité de son contenu est aussi mise en question.

La Genèse est largement commentée par les rabbins et par les théologiens chrétiens. Avec l'avènement de l'islam, ses personnages font l'objet de multiples interprétations dans le Coran et ses commentaires.

De nos jours, certains fondamentalistes, surtout protestants, défendent l'idée que le créationnisme, théorie qui s'appuie sur une lecture littérale de la Genèse, est historiquement et scientifiquement valable. Cependant, cette position est rejetée par l'ensemble des scientifiques.

Néocréationnisme

Le néocréationnisme est un mouvement dont le but est de restaurer le créationnisme en le présentant sous une forme plus susceptible d'être bien accueillie par le public, les autorités politiques, le corps enseignant et la communauté scientifique. Son ambition est de redéfinir les sciences sociales et le débat sur l'origine de la vie en employant des termes qui ne font désormais plus référence aux textes sacrés.

Pastafarisme

Le pastafarisme (mot-valise faisant référence aux pâtes et au mouvement rastafari) est originellement une parodie de religion,,, dont la divinité est le Monstre en spaghetti volant (Flying Spaghetti Monster), créée en 2005 par Bobby Henderson, alors étudiant de l'université d'État de l'Oregon. Depuis, le pastafarisme a été reconnu administrativement comme religion par certains pays,,,,, et rejeté en tant que telle par d'autres,,.

Écrivant une lettre ouverte pour protester contre la décision du Comité d'Éducation de l'État du Kansas d'autoriser l'enseignement du dessein intelligent dans les cours de science au même titre que la théorie de l'évolution, Henderson professe sa foi en un dieu créateur surnaturel dont l'apparence serait celle d'un plat de spaghetti et de boulettes de viande et demande que le pastafarisme reçoive une durée d'enseignement égale à celle du dessein intelligent et de la théorie de l'évolution.

La lettre devient rapidement un phénomène Internet. Les croyances pastafariennes sont présentées sur le site internet d'Henderson (où il se décrit comme un « prophète ») et dans l'Évangile du Monstre en spaghetti volant. La croyance centrale est qu'un Monstre en spaghetti volant, invisible et indétectable, a créé l'univers. Les pirates sont vénérés comme les premiers pastafariens, et les pastafariens affirment que le constant déclin du nombre de pirates au cours des dernières années a entraîné un accroissement significatif de la température mondiale.

Cette parodie, qui peut être rapprochée de la théière de Russell ou de la Licorne rose invisible, est utilisée par des pastafariens qui s'engagent dans des parodies de disputes religieuses afin de faire valoir leur point de vue.

Procès du singe

Le procès Scopes, plus connu sous le nom de procès du singe (Scopes Monkey Trial), est un procès qui eut lieu à Dayton (Tennessee) aux États-Unis du 10 au 21 juillet 1925 et qui opposa les fondamentalistes chrétiens, défendus par le procureur et homme politique William Jennings Bryan, aux libéraux défendus par Clarence Darrow.

Le jugement a vu la condamnation de John Thomas Scopes, professeur de l'école publique de Dayton soutenu par l'Union américaine pour les libertés civiles, au versement d'une amende de cent dollars pour avoir enseigné la théorie de l'évolution à ses élèves en dépit d'une loi de l'État du Tennessee, le Butler Act, interdisant aux enseignants de nier « l'histoire de la création divine de l'homme, telle qu'elle est enseignée dans la Bible ».

Le procès, qui était un stratagème des libéraux pour faire abolir le Butler Act, a connu une résonance dans tout le pays et, bien que Scopes ait été condamné, la victoire médiatique est généralement attribuée aux évolutionnistes. Le Butler Act restera quant à lui en vigueur jusqu'en 1967.

Richard Dawkins

Richard Dawkins, né le 26 mars 1941 à Nairobi, est un biologiste et éthologiste britannique, vulgarisateur et théoricien de l'évolution, membre de la Royal Society. Professeur émérite au New College de l'université d'Oxford, Richard Dawkins est l'un des académiciens britanniques les plus célèbres.

Il acquiert la consécration avec son livre de 1976 intitulé Le Gène égoïste, qui popularise la théorie de l'évolution centrée sur les gènes et introduit le terme de « mème ». En 1982, il développe cette théorie dans son ouvrage Phénotype étendu puis publie en 2006 Pour en finir avec Dieu, vendu à plus de deux millions d'exemplaires et traduit en trente et une langues.

Vice-président de la British Humanist Association, il est reconnu comme un ardent défenseur du rationalisme, de la pensée scientifique et de l'athéisme. Il est résolument anticlérical et est aussi l'un des principaux critiques anglo-saxons du créationnisme, du dessein intelligent et des pseudo-sciences. Il s'est rendu célèbre aussi pour sa controverse amicale, mais ferme, avec son collègue Stephen Jay Gould sur la question des équilibres ponctués.

En plus de ses nombreux ouvrages scientifiques, Dawkins promeut sa vision rationnelle au travers de films et documentaires, de conférences et de débats télévisés sur les grandes radios ou chaînes nationales du monde entier. Il complète son action sur le terrain associatif en créant et dirigeant la Fondation Richard Dawkins pour la raison et la science.

Stanley Kramer

Stanley Earl Kramer (né le 29 septembre 1913 dans Brooklyn à New York et décédé le 19 février 2001 à Woodland Hills en Californie) est un réalisateur et producteur de cinéma américain. Le 28 mars 1960, la première étoiles du Walk of Fame fut attribué au réalisateur Stanley Kramer.

Producteur et réalisateur indépendant, il a attiré l'attention sur des problèmes sociaux d'actualité que la plupart des studios ont évités. Parmi les sujets abordés dans ses films figurent le racisme(dans The Defiant Ones et Devine qui vient dîner ), la guerre nucléaire (dans Sur la plage ), la cupidité (dans C'est un monde fou, fou, fou, monde fou ), créationnisme ou évolution(dans Héritage du vent ) et les causes et les effets du fascisme (dans le jugement de Nuremberg ). Parmi ses autres films remarquables figurent High Noon (1952, en tant que producteur), The Caine Mutiny (1954, en tant que producteur) et Ship of Fools (1965).

Le réalisateur Steven Spielberg le décrit comme un "visionnaire incroyablement talentueux" et un "de nos grands cinéastes, pas seulement pour l’art et la passion qu’il a mis à l’écran, mais pour l’impact qu’il a eu sur la conscience du monde. " Kramer a été reconnu pour son indépendance féroce en tant que producteur-réalisateur. Son auteur, Victor Navasky, a écrit que "parmi les indépendants ... aucun ne semblait être plus vocal, plus libéral, plus pugnace que le jeune Stanley Kramer". Son ami Kevin Spacey , lors de son discours de remerciement aux Golden Globes de 2015 , a rendu hommage au travail de Kramer, le qualifiant de "l'un des plus grands cinéastes de tous les temps". Malgré une réception critique inégale, le travail de Kramer a déjà été récompensé à de nombreuses reprises, dont 16 Oscars et 80 nominations. Il a été nommé neuf fois producteur ou réalisateur. En 1961, il a reçu le prix commémoratif Irving G. Thalberg . En 1963, il a été membre du jury du 3e Festival international du film de Moscou . En 1998, il a reçu le premier prix NAACP Vanguard en reconnaissance des «thèmes sociaux forts qui ont caractérisé son œuvre». En 2002, le prix Stanley Kramer a été créé, destiné aux lauréats dont le travail "illustre de manière dramatique des problèmes sociaux provocateurs".

Ultraïsme

L'ultraïsme est un mouvement poétique espagnol d'avant-garde du début du XXe siècle.

Il naît en 1919 avec la publication de « Un manifiesto literario », texte dans lequel les signataires (parmi lesquels Guillermo de Torre et Pedro Garfias) expriment leur désir de rompre avec les normes esthétiques jusqu’alors en vigueur, et que le mouvement se propose de dépasser (le mot latin ultra est traduit au-delà en français).

Fortement influencé par le Cubisme français (G. Apollinaire, P. Reverdy), par le Créationnisme poétique du chilien Vicente Huidobro, mais aussi par le Futurisme italien de F. T. Marinetti et le mouvement Dada, l’Ultraïsme est l’émanation espagnole d’idées esthétiques éparses cultivées dans les pays européens périphériques. Ces influences multiples et parfois divergentes expliquent en grande partie la dispersion esthétique du mouvement espagnol qui n’optera jamais pour une orientation précise. Les divers manifestes et textes programmatiques ultraïstes – qui pour la plupart ne déclarent rien d’autre que l’adhésion du mouvement espagnol aux principales revendications avant-gardistes –, ne corrigeront jamais ce manque de détermination esthétique. Malgré son extension sur tout le territoire espagnol, la publication de nombreuses revues plus ou moins éphémères, l’organisation de veillées et les efforts consentis pour en faire une tendance comparable aux mouvements les plus réputés, l’Ultraïsme restera en marge de l’avant-garde européenne. Certes, il entretient des contacts avec un grand nombre de tendances étrangères, mais mis à part en Amérique latine où il aura un impact non négligeable, son aura ne dépasse guère les frontières espagnoles. À la fin de l’année 1922, les dernières revues ouvertement acquises au mouvement réformateur disparaissent ou laissent une place toujours croissante à une poésie moins expérimentale. Les signatures de ceux qui vont bientôt former ce que l’on a coutume d’appeler la « Génération de 27 » apparaissent alors, se substituant à celles des ultraïstes.

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