Arbre de Porphyre

Un arbre de Porphyre (en latin arbor porphyriana) est une ontologie structurée en arborescences hiérarchiques, inventée par le philosophe néoplatonicien Porphyre au IIIe siècle, et dont la logique de construction correspond à trois rangées ou colonnes de mots : la rangée du milieu contient les séries du genre et de l'espèce, et forment l'analogue d'un tronc ; les rangées de gauche et de droite contiennent les différences, et sont analogues aux branches d'un arbre. Ce système de classification permet de subordonner les genres et les espèces sous des genres supérieurs, afin de classifier les espèces réelles, par exemple les espèces animales.

En voici un exemple :

SUBSTANCE
Pensante Étendue
CORPS
Inanimé Animé
ANIMAL
Irrationnel Rationnel
HOMME
Celui-ci Celui-là
PLATON.
Porphyrian Trees Gallery small
a) Arbre de Porphyre d'après Purchotius (1730).
b) Arbre de Porphyre d'après une traduction de Boèce.
c) Arbre des sciences de Raymond Lulle, sur un modèle d'arbre de Porphyre.

Histoire

Arbor porphyrii according Petrus Hispanus tractatus 2
Arbre de Porphyre selon un traité de Petrus Hispanus.

L’arbre de Porphyre est nommé ainsi d'après le philosophe néoplatonicien Porphyre, qui écrivit une Introduction aux Catégories d’Aristote (Isagogè). Cet ouvrage fut traduit en latin par Boèce et devint un manuel philosophique de référence au Moyen Âge. Dans son Introduction, Porphyre présente les bases de la logique d'Aristote sous la forme d'un schéma aux divisions dichotomiques, formant des arborescences, pour indiquer qu'une espèce est définie par genre et différence (ou différence générique), et que ce procédé continue jusqu'à ce que l'on ait atteint l'espèce la plus spécialisée. L'arbre de Porphyre a aussi été appelé scala praedicamentalis (« échelle de la prédication »). Il a longtemps été appris par les étudiants en logique.

Fonctionnement

Dans un tel arbre, le genre le plus élevé (summum genus) est la Catégorie. Contrairement aux niveaux inférieurs, la classe supérieure ne peut pas être différente. L'espèce la plus basse (infima species), contrairement aux couches supérieures, ne peut pas quant à elle être divisée. Tous les autres niveaux se situent entre le type du niveau directement supérieur, ou genre proche (proximum genus) quand il s'agit d'une espèce, et les types du niveau directement inférieur, les genres subordonnés ou pour le niveau le plus inférieur les espèces (elles-mêmes subdivisées en individus).

Pour illustrer la manière dont s'opèrent les divisions génériques, prenons l'exemple qui mène à dire quel type d'être est l'être humain. Le genre SUBSTANCE (genre suprême) se divise en matérielle ou immatérielle (différence), qui donnent deux nouveaux genres : CORPS et ESPRIT (genres subordonnés) ; le genre CORPS se divise à son tour en animé ou inanimé (différence), qui donnent deux nouveaux genres : ÊTRE VIVANT et MINÉRAL (genres subordonnés) ; le genre ÊTRE VIVANT se divise à son tour en sensible ou insensible (différence), qui donnent deux nouveaux genres : ANIMAL et VÉGÉTAL (genres proches) ; le genre ANIMAL se divise en rationnel ou irrationnel[1] (différence), qui donnent deux espèces : HUMAIN et BÊTE (espèces). L'espèce HUMAIN se divise enfin à son tour en individus (Socrate, Platon, etc.).

Galerie

Arbor porphyrii (from Purchotius' Institutiones philosophicae I, 1730)
Arbor porphyrii (probably from one of Boethius' translations)
Arbor scientiae (Ramon Llull) using A porphyrii structure

Notes

  1. C'est-à-dire doué de raison ou de parole (logos en grec), ou non doué de raison/parole.

Bibliographie

Texte

  • Porphyre de Tyr, Isagogè ou Introduction aux Catégories d'Aristote (vers 268). Trad. latine par Boèce (508), trad. fr. par Jules Tricot (1947), intro. par Alain de Libera, Paris, Vrin, coll. "Sic et Non", 1995, Clxii-100 p. (ISBN 2-7116-1344-5). Texte fondamental dans l'histoire de la logique médiévale (remacle.org)

Études

  • Alain de Libera, La querelle des universaux: de Platon à la fin du Moyen Âge, 1996, p. 42.
  • François Chénique, Éléments de logique classique, 1975, t. I, p. 97.
  • Philippe Thiry, Notions de logique, 1998, p. 78.
  • Umberto Eco et Myriem Bouzaher, Sémiotique et philosophie du langage, 1988, p. 94.
  • Zygmunt Dobrowolski, Étude sur la construction des systèmes de classification, 1964, p. 24.

Liens externes

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Isagogè

L’Introduction aux Catégories d'Aristote (en grec ancien : Εἰσαγωγὴ εἰς τὰς Ἀριστοτέλους κατηγορίας, Isagogè is tas Aristotelous categorias), est le titre conventionnel d'un ouvrage, plus connu sous le titre d’Isagogè, qui est une brève introduction aux Catégories d'Aristote, écrite au IIIe siècle par Porphyre. Elle fut composée en Sicile durant les années 268-270, et dédiée à Chrysaorium, selon les commentateurs anciens Ammonios, Elias et David. Traduite du grec en latin par Boèce au VIe siècle, elle fut un manuel de référence pendant des siècles pour l'étude de la logique. Cette œuvre inclut la très influente classification hiérarchique du genre et de l'espèce à partir de la substance en général jusqu'aux individus, connue sous le nom d'« arbre de Porphyre », et une introduction mentionnant le problème des universaux.

La traduction latine de Boèce devint, dans les écoles et les universités européennes du Moyen Âge, le manuel classique d'introduction à la logica vetus (ou « vieille » logique, c'est-à-dire la logique d'Aristote), ouvrant la voie aux développements philosophico-théologiques de la logique médiévale et à la querelle des universaux. Elle eut une influence semblable dans le monde arabe, à partir de la traduction d'Ibn al-Muqaffa (VIIIe siècle). On connaît d'autres traductions en latin, en syrien et en arménien, qui ont fait de cet écrit un manuel utilisé dans plus de vingt versions différentes en l'espace de douze siècles.

Plusieurs philosophes, parmi lesquels Boèce lui-même, mais aussi Averroès, Abélard et Duns Scot, ont écrit un commentaire sur ce livre. D'autres philosophes, comme Guillaume d'Ockham, en ont laissé des commentaires à l'intérieur de leur manuel de logique.

Mais où sont passés les Indo-Européens ?

Mais où sont passés les Indo-Européens ? est un essai de l'archéologue Jean-Paul Demoule publié en 2014 au Seuil. Sous-titré « Le mythe d'origine de l'Occident », l'ouvrage a pour objet la présentation des théories relatives à l'existence d'un peuple proto indo-européen dont la langue serait l'origine unique des différentes langues indo-européennes. Après un exposé de l'histoire de cette théorie depuis le XVIIIe siècle, Jean-Paul Demoule présente les deux principales thèses contemporaines, l'hypothèse anatolienne et l'hypothèse kourgane, en souligne ce qu'il estime être les faiblesses, notamment au plan archéologique, pour conclure que les hypothèses relatives à l'existence d'un tel foyer unique reposent sur des postulats non démontrés. La question quant à l'existence d'un foyer ou population indo-européenne y reste ouverte sans formuler d'affirmation directe.

Succès commercial sans audience internationale, l'ouvrage a été généralement bien accueilli dans le milieu académique et par la presse grand public, mais il a fait l'objet de vives critiques dans des périodiques proches de la Nouvelle Droite. Indépendamment des querelles idéologiques dans lequel son auteur a de longue date inscrit ses travaux, il a été qualifié par les spécialistes français des langues comparées qui n'appartiennent pas au domaine de la recherche en langues indo-européennes de Black Athena (en) basée sur « une méconnaissance profonde du domaine » et le sophisme de « l'homme de paille ». Si la dénonciation de la récupération idéologique des études indo-européennes « reste certes louable dans son intention », le résultat demeure « un échec grevé d’innombrables erreurs dans les données comme dans leur interprétation et de méprises conceptuelles » dû à un « manque de rigueur manifeste en linguistique et en statistique » comme « dans le traitement des faits historiques ».

Porphyre de Tyr

Porphyre de Tyr (234 – v.310) est un philosophe néoplatonicien, connu pour avoir été le disciple de Plotin, pour avoir édité les écrits de ce dernier (les Ennéades) et rédigé après la mort de son maître une Vie de Plotin (vers 301), que nous pouvons lire encore aujourd'hui. Il est aussi important à un autre titre : c'est par lui que le néoplatonisme va passer en milieu chrétien, via Marius Victorinus, jusque chez saint Augustin et Claudien Mamert. Il écrivit un traité Contre les chrétiens. Parmi ses disciples, il semble qu'il faille compter Jamblique. Porphyre pense que le christianisme implique une conception absurde et irrationnelle de la divinité qui le condamnerait, aussi bien du point de vue des religions particulières que du point de vue transcendant de la philosophie.

Dans le traité De regressu animae (Du retour de l'âme), il propose une tout autre théorie des rapports entre philosophie et religion : les religions ne s'adresseraient qu'à des dieux inférieurs ou à des démons ; la philosophie les transcenderait, parce qu'elle serait le culte du Dieu suprême, dont le philosophe est le prêtre.

Dans le traité Philosophia ex oraculis haurienda (La philosophie à retirer des oracles), il explique la signification cachée des sacrifices aux dieux et aux daimonês, et théologique qu'il faut en retirer.

Dans le traité Peri Agalmatôn (Sur les Images des dieux), il donne une interprétation de la signification des différents dieux de la mythologie, dans le sens des puissances cachées de la nature.

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