Église (institution)

Une Église est une communauté locale et l'institution qui regroupe les chrétiens d'une même confession. La plus grande Église est l'Église catholique avec 1,25 milliard de baptisés.

Étymologie

Le mot « église » vient du latin ecclesia, issu du grec ekklesia ( ἐκκλησία), qui signifie assemblée[1]. Lui-même issu du verbe ekkaleô, « convoquer, appeler au-dehors ». Les chrétiens latinophones ont adopté le terme sous la forme ecclesia[2].

Dans la Septante, version grecque de la Bible hébraïque datant du IIe siècle av. J.-C., le mot grec ekklesia (église) désigne une assemblée convoquée pour des raisons religieuses, souvent pour le culte. Dans cette traduction, le grec ekklesia correspond toujours à l'hébreu qahal qui est cependant parfois aussi traduit par synagôgè (synagogue). Pour le judaïsme du premier siècle, ekklesia évoque immédiatement la synagogue, à comprendre comme l'assemblée de Dieu[3]. Les mots « église » et « synagogue » étaient ainsi deux termes synonymes. Ils ne prendront un sens différent que parce que les chrétiens s'approprieront le mot église, réservant celui de synagogue aux assemblées des juifs qui refusent le christianisme et dont ils se distinguent de plus en plus clairement[4].

Le terme Église n’est employé que deux fois dans les Évangiles, deux occurrences qui se trouvent en Matthieu[1]. Jésus dit à Simon-Pierre : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. » (Matthieu 16:18). Depuis le milieu du XXe siècle, les exégètes se posent la question de savoir si l'on peut attribuer la paternité de cette expression à Jésus[3]. L'enseignement et la pratique de ce dernier s'inscrivent dans le cadre des synagogues locales et du Temple de Jérusalem ; rien dans les Évangiles ne permet d'affirmer que Jésus a fondé ou voulu fonder sa propre communauté religieuse[3]. Cette phrase témoigne de ce que, pour la communauté qui reçoit cet évangile, il y a une Église du Christ et que c'est lui qui la bâtit. Dans un autre passage de Matthieu, l'Église est la communauté des croyants en Jésus-Christ à laquelle on appartient : « S'il refuse de les écouter, dis-le à l’Église; et s'il refuse aussi d'écouter l’Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Matthieu 18:17).

Le terme église est beaucoup plus fréquent dans les autres textes du Nouveau Testament, où, de façon concordante avec l’usage qui en est fait dans l’Évangile de Matthieu, il désigne parfois les communautés locales, parfois l’Église dans son ensemble. Si le terme ekklesia est très fréquent dans les Actes, les épîtres et l'Apocalypse, son emploi ne s'y répartit pas régulièrement. Dans les sections dont il est absent, il peut néanmoins être question de l'Église avec d'autres mots. Par exemple le mot ekklesia est totalement absent des quatorze premiers chapitres de la Lettre aux Romains où il est toutefois beaucoup question des « appelés » (κλήτοι, klêtoï), les « bien-aimés de Dieu », idée qui renvoie à celle d'Église comme l'assemblée à laquelle on se rend parce qu'on y est convoqué[5]. Par ailleurs, toujours sans employer directement le terme ekklesia, il peut aussi être question de l'Église au moyen d'images traditionnellement employées dans la Bible pour désigner le peuple de Dieu, notamment celle de la vigne du Seigneur, particulièrement développée dans l'Évangile selon Jean[4].

L'église, dans son sens premier, est dans le christianisme l'assemblée des croyants. Le Nouveau Testament l'emploie aussi bien pour désigner une communauté locale que l'ensemble des croyants dans le Christ.

Le mot Église s'écrit avec une majuscule y compris au pluriel quand il désigne une ou des institutions, contrairement à l'église, lieu de culte qui désigne à partir du IIIe siècle le bâtiment où une communauté se réunit.

L'Église comme mystère

Dans ses lettres, Paul présente l'Église comme un objet de foi : « un mystère, autrefois caché en Dieu mais aujourd'hui en partie réalisé[4]. » L'apôtre emploie fréquemment l'expression « Église de Dieu » qui indique que c'est Dieu lui-même qui la constitue[5]. Paul a développé une compréhension très christologique de l'Église. À sa suite, l'Église en son mystère se présente toujours en rapport avec celui du Christ. L'apôtre décrit les rapports entre le Christ et l'Église avec les termes « par », « selon », « avec » et « en ». Ainsi l'Église n'est pas seulement « avec le Christ », mais elle est aussi « par lui » et « en lui ». Le début de l'épître aux Éphésiens récapitule ce mystère de l'Église et du Christ :

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a béni de toutes bénédictions spirituelles, dans les régions célestes, en Christ. C'est ainsi qu'il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour être saint et irréprochable dans l'amour, nous ayant prédestiné à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ selon le bon plaisir de sa volonté à la louange de gloire de sa grâce dont il nous a gratifié dans le Bien-aimé. C'est en lui que nous avons le rachat par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu'il a fait abonder pour nous en toute sagesse et prudence, nous faisant connaître le mystère de sa volonté que, selon son bon plaisir, il s'était proposé en lui pour le dispenser dans la plénitude des temps, à savoir : rassembler toutes choses dans le Christ, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre. C'est en lui encore que nous avons été choisis comme son lot, prédestinés que nous étions, selon le dessein de Celui qui accomplit tout selon la décision de sa volonté, pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui d'avance ont mis leur espérance dans le Christ. »

Lorsqu'il parle du Christ comme la tête du corps que forme l'Église, Paul affirme que le chef suprême de l'Église est le Christ. Il le dit explicitement dans l'épître aux Éphésiens lorsqu'il évoque la glorification du Christ par Dieu : « Il a tout mis sous ses pieds, et il l'a donné pour Chef suprême à l'Église, laquelle est son corps, la Plénitude de celui qui remplit tout en tout. »

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La Pentecôte, miniature du XIIIe siècle, Musée Condé, Chantilly, France.

Le Nouveau Testament ne laisse pas identifier de façon unilatérale ce qui était, dans la foi des communautés où il a progressivement été rédigé, le moment de la naissance de l'Église. Telles que les choses se présentent dans le Nouveau Testament, il est très rarement question de l'Église dans les Évangiles, qui font plutôt le récit de la vie terrestre du Christ, tandis que le temps de l'Église commence avec les Actes des Apôtres, qui sont comme la seconde partie de l'Évangile selon Luc et commencent par les récits de l'Ascension et de la Pentecôte. Ainsi, divers débats théologiques portent sur ce qui entre la passion du Christ et la Pentecôte peut être envisagé comme marquant la naissance de l'Église[6]. L'enjeu de ces débats n'est pas historique dans la mesure où il ne s'agit pas de discerner le moment de fondation du christianisme comme d'une religion, mais de dire ce qu'est l'Église et son origine en tant qu'elle est objet de foi pour les chrétiens : elle peut être ceux qui sont baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, ceux qui ont reçu l'Esprit Saint, ceux qui proclament l'Évangile.

Il est possible de considérer que l'Église naît dans la Pâque du Christ, lorsqu'il passe de ce monde à son Père. Les Pères de l'Église diront en ce sens que l'Église est née du côté du Christ, dans le sommeil de la mort, comme Ève est née du côté d'Adam pendant son sommeil, tel que le raconte le Livre de la Genèse[4]. Avec l'Évangile selon Jean, il est aussi possible d'envisager que l'Église naît lorsque le sang et l'eau jaillissent du côté transpercé du Christ en croix : le sang est le sacrifice du Christ, tandis que l'eau symbolise le baptême ou le don de l'Esprit qui est la vie de l'Église[4]. Ce don de l'Esprit Saint est aussi figuré par le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres (Ac 1,8), de sorte que la Pentecôte se présente dans la tradition chrétienne un peu comme la date de naissance officielle de l'Église. Il s'agit du moins de sa confirmation : l'Église reçoit l'onction, la marque de l'Esprit qui scelle sa naissance dans la mort et la résurrection du Christ. C'est le moment où elle commence sa mission avec la première manifestation publique des apôtres[4].

Métaphores de l'Église dans la Bible

Dans la perspective du Nouveau Testament, les Écritures attestent que l'Église fondée par Jésus-Christ a été préparée et préfigurée dans le peuple d'Israël. De ce fait, les nombreuses images bibliques qui décrivent la relation de Dieu à son peuple dans l'Ancien Testament seront utilisées pour décrire l'Église comme nouvel Israël. Dans les Évangiles, l'appel de douze apôtres, qui seront à partir de la Pentecôte la toute première Église, est une référence explicite aux douze tribus d'Israël : c'est le peuple qui est appelé parce qu'il est le peuple de Dieu.

Lorsque l'Église est dite en marche, (par exemple en Actes 9, 31[7]), il s'agit d'une référence à la marche du peuple d'Israël dans le désert (Exode). L'Église est aussi comparée à un « petit troupeau », qui représente Israël devenu le moins nombreux de tous les peuples. Cette image du troupeau est notamment suggérée lorsqu'il est question du Christ comme du « bon berger » dans les Évangiles.

Christ the True Vine icon (Athens, 16th century)
Le Christ, vigne véritable. Athènes XVIe siècle.

L'une des images que le corpus biblique a le plus développées pour parler du peuple d'Israël est celle de la vigne, notamment avec le Psaume 80 ou Isaïe 5. Cette vigne plantée par Dieu croît et est destinée à porter du fruit. C'est une vigne qu'il faut travailler et entretenir, mais aussi une vigne qui occupe et prospère en un espace délimité et précis avec une clôture qui la protège. Dans le psaume 80 le psalmiste qui s'adresse à Dieu demande : « Pourquoi as-tu donc fait des brèches à ses murs, pour que tous les passants la vendangent ? Le sanglier des forêts la ravage et la bête des champs la dévore. » En Isaïe le Chant de la vigne évoque une vigne qu'un ami a entouré de tous les soins et qui ne porte pas de bons fruits, l'ami déclare : « J'enlèverai sa haie et elle sera broutée, j'abattrai sa clôture et elle sera piétinée. J'en ferai une ruine [...] Car la vigne du Seigneur, c'est la maison d'Israël et les gens de Judas en sont le plan chéri ». L'image de la vigne est en particulier reprise dans l'Évangile selon Jean où Jésus dit : « Moi, je suis la vigne et mon Père est le vigneron. [...] Moi, je suis la vigne et vous les sarments. (Jn 15) », ou encore avec les paraboles sur la vigne et les vignerons homicides dans les synoptiques (Mt 21, etc.).

Dans le registre des métaphores agricoles, il peut aussi être question pour les membres de l'Église de bon grain et d'ivraie, ce qui signifie que faire formellement partie de l'Église n'est pas la garantie de son salut. Selon cette parabole, il n'y a pas à tenter de faire le tri entre les bons et les mauvais à cause du risque que soit jeté du bon grain avec l'ivraie (Mt 13,24s.). C'est Dieu lui-même qui le fera[4].

L'image de l'Église comme épouse du Christ est proposée dans l'Apocalypse, elle est aussi rappelée chez Paul (2Co 11,2 et Éph 5,25) et dans l'Évangile selon Jean (3,29). Cette image a divers fondements scripturaires, notamment avec le Livre d'Osée dans lequel Dieu parle de son peuple comme d'une épouse qui, après un temps d'amour idyllique, se comporte comme une épouse ingrate et infidèle, qui trompe et se prostitue avec des idoles. Dieu décide de la punir, mais il l'aime toujours et il veut que dans sa détresse son épouse se souvienne du temps où elle était heureuse avec lui : « Alors tout recommencera comme s'il ne s'était rien passé, ce seront de nouvelles fiançailles « dans la justice, le droit, la fidélité la miséricorde et la sincérité (2,21) »[8] ». L'image de la relation nuptiale entre Dieu et son peuple est un classique des écriture. Elle est aussi développée par Jérémie [9], Ézéchiel [10] et Isaïe [11]. Dans le nouveau Testament, le symbole du mariage entre Dieu et son peuple étant appliqué aux relations entre Jésus et L'Église, la tradition chrétienne développera ce symbole avec ferveur. La mystique chrétienne poussera l'image en avant, appliquant l'idée d'une relation d'amour conjugal non seulement entre le Christ et l'Église mais aussi au niveau individuel entre l'âme fidèle et son sauveur[8]. Les mystiques se référent aussi largement pour cela au livre du Cantique des Cantiques.

En divers passages du Nouveau Testament, l'Église est quelque chose qui se bâtit ou se construit. La métaphore d'Église comme construction est en premier lieu ce qui justifie le nom donné à Simon par Jésus : « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » La métaphore de la construction a aussi été fréquemment employée dans les lettres de Paul. S'adressant à ceux de l'Église de Corinthe, il leur dit : « Nous sommes les communs ouvriers de Dieu, vous êtes le champ de Dieu, la bâtisse de Dieu (1 Co 3,9). » ; « Celui qui parle en langue se bâtit lui-même, celui qui prophétise bâtit l’Église. (1 Co 14,4) » ; et encore : « La science gonfle, alors que l'amour bâtit (1 Co 8,1). »

La comparaison de l'Église à un corps est propre à Paul. Il la propose en divers passages, notamment dans l'Lettres aux Éphésiens [12] et la lettre aux Corinthiens [13], pour rendre compte de l'unité organique des divers membres de l'Église dont Paul parle comme du corps du Christ : « De même en effet que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du corps du Christ. Aussi bien est-ce en un seul Esprit que tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs, Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit. (1 Co 12,12-13.) »

D'autre thèmes présents dans l'Ancien Testament mais qui ne sont pas explicitement repris dans le Nouveau Testament pour parler de l'Église, l'ont été ensuite par les pères de l'Église et après. Notamment celui de l'Église comme « arche de salut » tiré de l'épisode du déluge et de la construction de l'arche dans le Livre de la Genèse.

Les premières organisations

Au départ, l'organisation des communautés locales est surtout centrée sur les anciens (presbyteroi ou presbytres), les diacres, au service de la charité, et les épiscopes ou évêques (surveillants), même si les contours des différentes fonctions sont difficiles à tracer précisément [14].

Puis l'Épître aux Éphésiens énumère la présence de cinq ministères: apôtre, prophète, évangéliste, pasteur et enseignant [15].

Les fonctions se spécialisent, notamment le ministère de la prédication. L'épiscopat se constitue en Asie Mineure vers la fin du Ier ou au début du IIe siècle, comme en témoigne Ignace d'Antioche qui réclame aux communautés la soumission à l'épiscope « qui tient la place de Dieu lui-même », et supplante progressivement le modèle collégial. En 325, au Premier concile de Nicée, une structure hiérarchisée apparait avec un seul évêque dirigeant une province qui compte des presbytres, désormais apparentés à des prêtres ou pasteurs, et des diacres [16].

Les Églises de la Pentarchie

Il n'y a pas « d'Église » au sens contemporain du terme avant l'institutionnalisation formelle à laquelle procède Constantin le Grand[17]; institutionnalisation cependant déjà amorcée par des évêques intéressés par la politisation des structures ecclésiales, en témoignent les résultats du Concile d'Elvire (305-306). En effet, le christianisme est d'abord constitué de communautés locales considérées comme plus ou moins hérétiques par le judaïsme à partir de la phase de Yavné. Quand elles s'organisent, il n'y a pas « l'Église » mais l'assemblée locale autour de ses anciens presbyteroi et de son episcopos. Ce sont des écoles de pensée imitant les écoles de philosophie grecques dont le nom propre est « aeresis » (voir l'étymologie dans hérésie)[18]

L'idée de l'unité d'une Église primitive, avec des « hérésies » qui seraient venues après, reste une doctrine propre au centralisme catholique[19]. Walter Bauer affirme que les hérésies sont historiquement à la source même du christianisme[20],[21] mais cette thèse est contestée[22],[23].

Au IVe siècle, au moment de la crise arienne, on trouve des organisations comprenant épiscopes et presbytres plus ou moins importantes en Orient (Nicomédie puis Constantinople, Césarée-Antioche, Tyr, Alexandrie, Rome, Cordoue). Chacune d'entre elles est indépendante des autres comme le montre la convocation de Constantin pour le concile de Nicée faite à toutes les Églises.

À la suite du concile d'Éphèse de 431, qui condamne les thèses de Nestorius, l'Église de l'Orient se sépare de l'Église impériale. Les Églises d'Arménie, de Syrie et d'Égypte, les Églises des trois conciles, prennent la même décision à la suite des positions christologiques du concile de Chalcédoine de 451.

Jusqu'au schisme de 1054, le reste du monde chrétien est organisé autour de cinq Églises, d'origines apostoliques, qui constituent la Pentarchie. Il s'agit de :

Jusqu'au VIIIe siècle[24], l'empereur décide[25] de la convocation des conciles et de l'application du droit ecclésiastique ou droit canonique tandis que les fidèles et les prêtres puis les prêtres seulement, puis les prêtres et les autres évêques élisent l'évêque.

La situation change en Occident à partir de la dotation d'un pouvoir temporel à l'évêque de Rome par Charlemagne.

Églises et sectes

La sociologie des religions opère une classification des mouvements religieux en fonction d'idéaux-types. Au XIXe siècle, les sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch ont défini des modèles classifiant les mouvements chrétiens : ces idéaux types « Église » ou « Secte » sont schématiques et n'ont de sens que l'un par rapport à l'autre. Les points essentiels d'une Église dans cette typologie sont son caractère universaliste, l'existence d'un clergé ; ainsi que son attitude par rapport à la société[26].

Une Église a un caractère universaliste; on y appartient de naissance sans qu'il soit besoin de conversion ou de démarche personnelle. Une Église admet les tièdes, contrairement à la secte qui demande un engagement personnel.

Une Église a un « charisme de fonction » : il existe un clergé et des ordres religieux.

Elle est l'alternative sociale de la religion qui prend sa place au milieu des institutions profanes. Pour Troeltsch, « L'Église est une organisation religieuse qui reconnaît la force de la société au sein de laquelle elle existe. C'est pourquoi elle envisage le monde comme nécessaire, car cette coexistence peut lui permettre de la gagner à la religion. D'une part elle ne renonce pas à faire des efforts pour influencer le monde. D'autre part elle ne perd pas sa position en s'opposant directement au pouvoir séculier existant »[27].

La place des Églises dans la société

À partir des XIXe et XXe siècles, les Églises surtout catholique et orthodoxes ont vu remettre en cause leur statut et leur rôle dans la société, dont la sécularisation s'exprime par le recul du religieux à travers la laïcisation et la déchristianisation.

La laïcisation « s'est traduite par une par une perte de contrôle des Églises sur un certain nombre d'institutions politiques, éducatives ou d'assistance sociale et par la revendication de normes non religieuses dans les comportements, dans l'éthique sexuelle par exemple. Cette laïcisation s'exprime soit par le moyen d'une reconnaissance juridique, comme dans la séparation entre l'Église et l'État, soit le plus souvent par une simple régression de fait de l'influence du sacré sur la vie sociale : les grands moments de la vie collective (fêtes, rites de passage) ou privée (mariage, enterrement, etc.) se déroulent de plus en plus à l'écart de toute validation religieuse… La déchristianisation est attestée aussi bien par la baisse du taux de pratique religieuse que par l'érosion symbolique des sacrements. Les Églises, victimes souvent de crises de recrutement, se sont repliées dans un domaine réservé, privé, purement spirituel, et de plus en plus inopérant historiquement. La décléricalisation a entraîné un affaiblissement du pouvoir et du prestige de la classe sacerdotale, au profit de clercs chargés de la transmission et du contrôle d'une culture rationalisée et non plus sacrée (corps professoral, technocrates, journalistes). La déconfessionnalisation, surtout dans le christianisme, a atténué l'identité dogmatique et rituelle des différentes confessions (catholicisme, protestantisme, orthodoxie) sans pour autant que cet œcuménisme participe à une reviviscence des pratiques religieuses ». Ce mouvement ne doit pas masquer le fait que l'Église est marquée par une tension permanente et multiple entre les mouvements de désacralisation et de resacralisation, comme en atteste la multiplicité contemporaine des formes de recharge sacrale[28]....

Notes et références

  1. François Louvel, « Naissance d’un vocabulaire chrétien », dans Les Pères apostoliques, texte intégral, Paris, Cerf, 2006, « Église », pp. 517-518. (ISBN 978-2-204-06872-7)
  2. Xavier Renard, Les mots de la religion chrétienne, Belin, , p. 182.
  3. Daniel Marguerat, « Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse », in Daniel Marguerat et Éric Junod, Qui a fondé le christianisme, éd. Bayard, 2010, p. 13
  4. Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1981, « Église » pp. 323-335. (ISBN 2-204-01720-5)
  5. Julienne Côté, Cent mots-clés de la théologie de Paul, pp. 157 ss. (ISBN 2-204-06446-7)
  6. Ron Rhodes, The Complete Guide to Christian Denominations: Understanding the History, Beliefs, and Differences, Harvest House Publishers, USA, 2015, p. 9
  7. Actes des apôtres 9, 31 : « L'Église avait donc la paix sur toute l'étendue de la Judée, et de la Galilée et de la Samarie. Elle se bâtissait et marchait dans la crainte du Seigneur et, par la consolation du Saint-Esprit, elle se multipliait (Ac 9, 31) »
  8. Émile Osty, La Bible, « Introduction au livre d'Osée », p. 1943-1944
  9. Jérémie, 2,1-7 ; 3,1 à 13,20 ; 31,22 et 51,5
  10. Ézékiel, 16 et 23
  11. Isaïe, 1,21-26 ; 50,1 ; 54,5-8 ; 54,10 62,4-5 et 62,12
  12. , 5, 22-33
  13. 12, 12-13
  14. Geoffrey W. Bromiley, The International Standard Bible Encyclopedia, Volume 1, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 1979, p. 696
  15. Éphésiens 4:11
  16. Everett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity, Routledge, USA, 2013, p. 185
  17. Histoire du christianisme, sous la direction de Alain Corbin, Paul Veyne.
  18. Frédéric Amsler, Comment construit-on un hérétique ? Nestorius pris aupiège de Cyrille d'Alexandrie. Christologie VanDieren
  19. La-Croix.com, « Les hérésies dans le christianisme », sur La Croix, (consulté le 10 mars 2019)
  20. Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity de Walter Bauer, 1re édition 1932, nouvelle édition sous la direction de Robert A. Kraft et Gerhard Krodel 1996 (ISBN 0-9623642-7-4)
  21. Source : L'Invention du Christ, naissance d'une religion, Maurice Sachot, Odile Jacob, coll. Le Champ médiologique.
  22. Turner, H. E. W. The Pattern of Christian Truth, éd. A. R. Mowbrey, 1954.
  23. Robinson, Thomas A., The Bauer Thesis Examined, éd. Edwin Mellon, 1988.
  24. Marcel Simon Le Judaïsme et le Christianisme antique, d'Antiochus Epiphane à Constantin. PUF. et Yves-Marie Hilaire Histoire de la papauté, p. ?.
  25. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007, p. ?.
  26. Sectes, mensonges et idéaux, Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, pages 37-60
  27. Ernst Troeltsch, cité par Sectes, mensonges et idéaux, Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, pages 47
  28. Jean-Jacques Wunenburger, Le sacré, Presses universitaires de France, , p. 81.

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • Maurice Sachot, L'Invention du Christ. Genèse d'une religion, Éditions Odile Jacob, « Le champ médiologique », 1998
  • Maurice Sachot, Quand le christianisme a changé le monde : La subversion chrétienne du monde antique, Éditions Odile Jacob, 2007
  • Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, Sectes, mensonges et idéaux, Paris, Éditions Bayard,
  • William Edwin Berrett, L'Église rétablie, Deseret Book Company, 1973
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Architecture ecclésiastique

L'architecture ecclésiastique se réfère à l'architecture de bâtiments religieux chrétiens. Elle a évolué en plus de deux mille ans de chrétienté, en partie par innovation et en partie par imitation d'autres styles architecturaux, mais aussi en répondant aux changements de croyances, aux pratiques et aux traditions locales. Les influences à la fois théologiques et pratiques sur l'architecture religieuse se sont inspirées des bâtiments païens ou séculiers ainsi que ceux des autres fois. Les bâtiments ont d'abord été adaptés de ceux originellement prévus pour d'autres programmes, puis, avec la montée d'une architecture ecclésiastique spécifique, les bâtiments chrétiens vinrent à influencer les bâtiments séculiers qui ont souvent emprunté à l'architecture religieuse. Au XXe siècle l'utilisation de nouveaux matériaux comme le béton, ainsi que le goût pour des styles plus dépouillés eurent non seulement un impact sur la conception des églises, mais on peut aussi affirmer que l'architecture religieuse cesse alors d'être un modèle et se laisse influencer par d'autres types de constructions emblématiques.

Commission diocésaine d'art sacré

Selon les statuts de la Commission diocésaine d’Art Sacré (CDAS), approuvés à Lourdes en 1991 par l’Assemblée plénière de l’Episcopat, "Ayant reçu mission de l’Évêque du diocèse, la Commission d’Art Sacré a pour rôle de veiller à l’aménagement des lieux de culte, en application des normes liturgiques, ainsi qu’à la conservation du patrimoine artistique contenu dans les édifices cultuels. Elle doit promouvoir la création artistique et favoriser la formation des fidèles dans le domaine de l’art sacré"

Laïcisation en France au XIXe siècle

Au XIXe siècle, la France change. Des courants de pensées traversent le pays, la vision des hommes change. La révolution industrielle et d'autres événements ont joué un grand rôle dans ce siècle de bouleversements, où l'Église eut du mal à prendre ses marques, à l'image d'un pape réputé conservateur, Pie IX.

Liste des monuments classés du gouvernorat de la Manouba

Cette liste des monuments classés du gouvernorat de la Manouba est une liste des monuments historiques et archéologiques protégés et classés du gouvernorat de la Manouba établie par l'Institut national du patrimoine.

Liste des termes de la christologie

La Christologie est la discipline de la théologie dogmatique chrétienne qui étudie la personne, la doctrine et l’œuvre de Jésus-Christ . Elle part notamment de l'évolution des appellations données à Jésus de Nazareth, telles que « Christ », « Seigneur », « Fils de Dieu », « Messie ». Par conséquent, la christologie porte sur le Christ, sa nature et sa doctrine.

Ordre (sacrement)

L'ordination (du latin ordinatio, intégration dans un ordo, c'est-à-dire un corps constitué) est, chez les catholiques et les orthodoxes, et dans une certaine mesure chez les anglicans et certains luthériens, l'acte liturgique qui confère le sacrement du sacerdoce chrétien, appelé sacrement de l'ordre. Celui qui confère ce sacrement — un évêque — est l'« ordinateur » ou le « consécrateur », celui qui le reçoit est l'« ordinand ».

Dès l'Ancien Testament, le service des Lévites (membre de la tribu de Lévi), de même que le sacerdoce d’Aaron et l’institution des 70 Anciens (Nb 11, 25) sont l'organisation d'une structure sacerdotale. « Grand-prêtre selon le sacerdoce de Melchisédech » (He 5, 10), est le lien qui unit l'Ancien et le Nouveau Testament dans la vie du peuple de Dieu.

Pressoir mystique

Le pressoir mystique est un thème iconographique chrétien, image de la Passion et des sacrements puis en extension de l'institution de l'Église :

le Christ comme Cep et les disciples sarments.

Religion (histoire des idées)

Le mot religion vient du latin religio. Ce terme, ses équivalents et ses dérivés ont été définis et utilisés de façons diverses selon les époques, les lieux et les auteurs. Ainsi, avec La Religion en Occident, Michel Despland a proposé une histoire des idées de la religion dans laquelle il formule quarante définitions correspondant aux divers usages et significations du terme dans l'histoire.

Les controverses sur la religion sont aussi anciennes que la réflexion sur le sujet. Cependant, la recherche sur l'histoire des idées de religion ne s'occupe pas de savoir quelle idée de religion est la vraie ; elle s'intéresse au contraire à la diversité de ces idées en rapport avec le contexte historique dans lequel elles ont été formulées. La méthode, telle qu'elle est présentée par Michel Despland, consiste à lire des textes anciens pour en apprendre le sens dans lequel il y est question de religion. Ce faisant, le lecteur doit éviter de projeter sur les textes ses pré-compréhensions ou des conceptions postérieures. Cette histoire des idées, si elle remonte à l'Antiquité grecque et latine, tient notamment compte du fait que l'idée moderne de religion, celle sous les auspices de laquelle il est aujourd'hui ordinairement question des « religions » du monde et de l'histoire, n'a commencée à être formulée qu'à la fin du XVIe siècle, pour être ensuite développée comme un concept général ou universel à partir de l'époque des Lumières.

La mise à jour d'un grand nombre de définitions de la religion, parfois contradictoires, n'a pas pour but de démonter l'impossibilité de la définir. Il s'agit au contraire de mettre en évidence les rapports entre des conceptions possibles, successives, concurrentes ou opposées de la religion. Présentant la méthode de ce qu'il désigne comme une approche généalogique du concept de religion, Pierre Gisel écrit : « Les définitions qu'on propose et le débat qu'elles entraînent reflètent toujours une donnée plus large ; il y a dès lors à construire une généalogie qui les mette en perspective. Ce sera une manière d'assumer le présent, d'en partir même, mais non sans le déconstruire ni évaluer ce qui s'y recherche, où les conflits ne seront pas levés par approches scientifiques objectives plus affinées, ni non plus réglés à coup de jugement en vérité ou en rectitude, mais seront partie intégrante de la généalogie à prendre en compte. »

L'histoire des idées de religion est occidentale dans la mesure où l'on estime avoir affaire à un mot latin et que c'est ce terme, d'abord principalement employé par des chrétiens, qui s'est imposé pour penser mondialement des religions et de la religion. Jacques Derrida parlait à ce sujet de « mondialatinisation » de la religion. La mondialisation de l'idée de religion à partir de l'Occident, qu'elle soit jugée légitime ou non, fait que des équivalents ont été reconnus ou formés dans toutes les langues du monde pour y traduire ce que les occidentaux appellent religion. Cette mondialisation de l'idée de religion ne s'est cependant pas faite seulement du latin vers d'autres langues. On constate d'abord que les premiers textes latins comportant le mot religion sont tous à un degré ou un autre des traductions de textes ou d'idées « venus des Grecs ». On remarque aussi que l'arabe n'a pas attendu le latin pour disposer de sa propre catégorie de religion avec l'idée de dîn, tandis que la présence de l'islam a joué un rôle dans les mutations sémantiques du terme religion au cours du second millénaire.

Semaine sainte à Roquetas de Mar

La semaine sainte à Roquetas de Mar est l'une des célébrations les plus importantes de la commune de Roquetas de Mar, dans la Province d'Almería, en Andalousie (Espagne). Il existe au centre de Roquetas de Mar et ses quartiers les plus proches (Doscientas Viviendas, El Puerto et El Parador de las Hortichuelas) trois confréries: La Cofradía de Nuestra Señora de los Dolores (au centre de Roquetas de Mar), la Hermandad de Penitencia del Santísimo Cristo de la Expiración (Roquetas de Mar: quartier de las doscientas viviendas) et la Cofradía del Santísimo Cristo de la Buena Muerte et Nuestra Señora de la Amargura (El Parador de las Hortichuelas).

Église

Église est un nom commun qui peut se référer à :

Église (institution) (avec une majuscule), assemblée de croyants (généralement utilisé pour la religion chrétienne).

église (édifice) (avec une minuscule), bâtiment servant de lieu de culte (généralement chez les chrétiens).

Église catholique

L’Église catholique, ou Église catholique, apostolique et romaine, est l'institution rassemblant l'ensemble des catholiques, c'est-à-dire tous les chrétiens en communion avec le pape et les évêques. En plus d'être l'ensemble des baptisés, elle est aussi une institution et un clergé organisés de façon hiérarchique. Pour les catholiques, Jésus-Christ est le chef de l'Église.

Il s'agit de la plus grande Église chrétienne avec plus d'un milliard de baptisés. L'Église catholique est l'une des plus vieilles institutions religieuses au monde. Elle a joué un rôle fondamental dans l'Histoire et, en particulier, dans l'histoire du monde occidental.

La théologie catholique est résumée par le symbole de Nicée et elle se caractérise par la dévotion à la Miséricorde Divine et la célébration des sept sacrements dont le plus important est l'Eucharistie célébrée liturgiquement durant la messe.

Selon son propre catéchisme, l'Église catholique est composée d'une partie visible, l'Église militante, sur terre, et d'une partie invisible, l'Église triomphante et l'Église souffrante, au ciel, qui représentent respectivement les âmes au Paradis et celles au Purgatoire. L'Église catholique sur terre se conçoit comme une communion d'Églises particulières. Celles-ci sont chacune pleinement l'Église catholique dans la mesure où elles sont en communion avec le pape, qui est l'évêque de Rome et considéré comme étant le successeur de saint Pierre, et en communion les unes avec les autres. L'Église latine comprend la majorité des catholiques (au moins 98%), mais l'Église catholique comprend également 23 Églises catholiques orientales qui sont en pleine communion avec le pape. L'Église catholique est centralisée au Vatican, mais ses synodes, ses assemblées d'évêques, ses diocèses et ses paroisses locales assurent la gestion et la vie de l'Église sur tous les continents.

L'Église catholique se définit comme une institution à la fois humaine et divine : « société parfaite en dépit de l'imperfection de ses membres ».

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